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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 08:20
Mise en place du mémorial (photo copyright Olivier Blochet - octobre 2016)

Mise en place du mémorial (photo copyright Olivier Blochet - octobre 2016)

L'information selon laquelle le Président de la République doit se déplacer au mois d'octobre à Montreuil-Bellay (49) pour un événement d'ampleur nationale, consistant en l'inauguration d'un mémorial sur le site de l'ancien camp d'internement des Tziganes, suscite une interrogation : viendra, viendra pas ?

Un peu d'histoire :

"Après la déclaration de guerre, l'administration française décide, dès le mois de septembre 1939, de limiter la circulation dans les départements côtiers et frontaliers au motif que "les incessants déplacement des nomades leurs permettent de surprendre les mouvements de troupes, des stationnement d'unités [...], renseignements importants qu'ils sont susceptibles de communiquer à des agents ennemis".

Cette interdiction de circulation fut le préalable à l'enfermement.

Par décret du 6 avril 1940, suivi d'une circulaire du ministre de l'intérieur aux préfets le 29 avril 1940, la France crée les camps d'internement. La France est en avance de quelques mois sur la position qu'adoptera le IIIème Reich.

Le travail des gendarmes français fut facilité par l'existence du fichage des 40 000 nomades détenteurs du "carnet anthropométrique d'identité" institué par la loi du 16 juillet 1912. Ce carnet contenait des indications sur la taille, l'envergure,la pigmentation de la peau, l'âge apparent, la longueur du nez et de l'oreille droite. En outre, il contenait deux photographies et cinq empreintes digitales.

[...]

En France, sous l'autorité de Xavier Vallat, Commissaire aux questions juives, l'assignation à résidence, puis l'internement, après confiscation des carnets de circulation, porta sur plus de 30 000 Tziganes sur l'ensemble du territoire. Fin 1940, vint six camps importants, gardés par les gendarmes, fonctionnaient dans la zone sud, dont Mérignac (33) et seize dans la zone nord dont Montreuil-Bellay (49), Poitiers (86), Linas-Montlhéry (91).

Le nombre de camps sera même, à une période, de plus d'une centaine dont la plupart n'ont pas été répertoriés.

L'occupant nazi considérait qu'il appartenait à l'administration française de contrôler les nomades.

Les conditions de vie quotidiennes dans ces camps étaient difficiles en raison du manque de vêtements, de l'insalubrité, du manque d'eau et de la malnutrition. A cause du manque d'hygiène, on recensa la présence de poux, de sarcoptes (parasites à l'origine de la gale), la présence de rats et de nombreux cas de maladies de peau dues à la malpropreté. La malnutrition et les maladies constituaient deux des causes principales de la mortalité, les plus vulnérables étant les enfants qui représentaient 40 % de la population internée".

L'un des plus importants sera celui de Montreuil-Bellay, dans le Maine et Loire, avec plus de 1 026 résidants en avril 1942. Lors des raids alliés en 1944, quelques bombes frappèrent ce camp qui fut fermé le 1er janvier 1945. Il en demeure quelques traces. Un stèle commémorative a été inaugurée en 1988 avant d'être vandalisée à coups de pierre en 1990. Une nouvelle stèle a été installée et les vestiges du camp, constitués des fondations des baraquements et de l'ancien cachot souterrain, sont inscrits au patrimoine des sites historiques depuis 2010.

(Extrait de "Les Tsiganes de France ou l'histoire des éternels étrangers", Olivier Blochet, Editions La Comoé - 2014).

Ainsi, 71 ans après la fermeture du camp d'internement de Montreuil-Bellay, le site va être transformé en lieu de mémoire nationale avec l'installation d'un mémorial que François Hollande doit venir inaugurer dans la matinée du 29 octobre 2016, "sous réserve d'événement d'actualité de dernière minute" (Source : Préfecture du Maine et Loire).

L'oeuvre mémorielle réalisée par Armelle Benoit sera constituée de huit colonnes et d'un dôme, placé derrière celles-ci. Sur les huit colonnes seront gravés les noms des familles internées pour que les famille puissent se recueillir.

La teneur du discours de François Hollande est très attendue par les membres de la communauté des gens du voyage. D'une part, sur le plan de la mémoire, ils attendent qu'il soit rappelé le lourd tribut payé par les Tziganes lors du second conflit mondial. D'autre part, ils attendent des propos rassurant sur les ambitions du projet de loi destiné à renforcer la cohésion sociale portée par Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l'Habitat durable, alors que ce projet est combattu par le Sénat, lequel prône des dispositions de nature à renforcer les sanctions à l'encontre des voyageurs et à faciliter leur expulsion.

 

Olivier Blochet

Le 23 octobre 2016

 

Ps : Rappelons que le dernier camp d'internement à être fermé fut celui d'Angoulème au mois de mai 1946.

 

photographies du site - 22 octobre 2016 (copyright Olivier Blochet - octobre 2016)
photographies du site - 22 octobre 2016 (copyright Olivier Blochet - octobre 2016)
photographies du site - 22 octobre 2016 (copyright Olivier Blochet - octobre 2016)
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Published by Olivier Blochet - dans Chroniques Tziganes
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