Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 10:03
LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES

Le 27 janvier 1945, il y a donc 70 ans, l’armée Soviétique libérait le camp d’Auschwitz-Birkenau.

Alors que les télévisions diffusent des reportages, des films, et des interviews sur cette horrible période pour symboliser le génocide des Juifs, il me paraît important de rappeler que ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tziganes du Grand Reich.

Les Tziganes sont une nouvelle fois les grands oubliés des commémorations.

Vous trouverez, dans cette chronique, quelques extraits de mon livre « LES TSIGANES DE FRANCE OU L’HISTOIRE DES ETERNELS ETRANGERS » dans lequel je traite du sort des Tziganes sous l’Allemagne nazie dans le chapitre « La seconde guerre mondiale ou le génocide oublié ».

Extraits

" Dès 1933, quand les nazis arrivèrent au pouvoir en Allemagne, ils commencèrent par interdire les mariages mixtes entre Allemands et Zigueuners (Tziganes). Ces derniers furent désignés sous les vocables de « fléau », « vermine », « sous hommes ».

En 1936, Himmler, Chef de la police, envoya quatre cents Zigeuners au camp de Dachau.

Au début du mois de janvier 1940, deux cent cinquante enfants Tziganes serviront de cobayes pour tester le zyklon B, un gaz mortel qui sera ultérieurement utilisé dans les chambres à gaz. Puis le 30 janvier 1940, ce sont 30 000 Zigeuners qui sont « déplacés » et répartis dans différents endroits pour servir de main d’œuvre dans des conditions de vie précaire.

Le 16 décembre 1941, Himmler ordonna la déportation des Tziganes en Pologne, dans la petite ville industrielle d’Auschwitz. Le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau était conçu pour « accueillir » deux cent mille personnes. Lorsque les convois sont complets, ceux qui ne peuvent pas monter dans le train sont fusillés sur place.

Dachau, Ravensbrück, Buschenwald, Litzmannstadt, Bergen-Belsen, Sachsenhausen, Mauthausen, Lager-Lackenbach, Natzweille-Struthof, Auschwitz-Birkenau, autant de noms auxquels seront associées les horreurs du génocide Tzigane.

Chaque camp était divisé en « quartiers » : déportés juifs, déportés Tziganes, déportés politiques ne se croisaient pas. Cette population sera tout d’abord décimée par le typhus, le scorbut, la diarrhée, la gangrène de la face, la variole, et une varicelle ressemblant à la peste bubonique. Pour satisfaire aux exigences de la Croix Rouge, chaque camp est doté d’un hôpital de fortune, mais dans les faits, la mission des médecins se limitait à dénombrer les décès. Les plus résistants à ces conditions inhumaines de vie empruntèrent pratiquement tous le même chemin, celui des fours et les bûchers.

Dès 1942, en Europe centrale et Balkanique, la même politique génocidaire fut appliquée. En Croatie, pays allié à l’Allemagne, les Oustachis massacrèrent des résistants Serbes, des Juifs ainsi que plus de 50 000 Tziganes pour raisons raciales ou religieuses. Dans les pays Baltes, l’extermination est menée sur place par les Einsatzgruppen (unités mobile SS d’extermination), dans les territoires occupés tels la Lettonie, la moitié de la population Roms est exterminée, plus de 90 % de celle-ci est décimée en Estonie et en Lituanie. Puis, ce sera le tour des Tziganes de Pologne d’être massacrés par les fascistes Polonais. Ceux de Belarus, de Russie blanche subiront également la folie meurtrière des nazis. Les fascistes Ukrainiens pratiqueront également des massacres à grande échelle : les adultes sont fusillés, les enfants en bas âge sont fracassés contre des arbres et de nombreux témoignages font état de l’utilisation de chambres à gaz mobiles.

La Roumanie ne pratiqua pas l’extermination systématique, mais elle expulsa plus de 20 000 Tziganes dans des régions déshéritées où ils devaient mourir de faim, de maladie ou de mauvais traitements.

Plusieurs centaines de milliers de Tziganes sont morts en déportation.

Il faut bien dire qu’aucune voix ne s’est élevée, la mise en œuvre d’une solution finale touchant les Tziganes avait déjà eu lieu à plusieurs reprises dans leur histoire passée.

Les témoignages qui nous sont parvenus font état que les Tziganes n’ont cessé de chanter dans les camps pour alléger leurs souffrances. Il faut dire que les nazis leur avaient laissé leurs instruments de musique et les SS repéraient les meilleurs pour animer les soirées du Feldgénéral. Ces années ont probablement teintées leur musique d’une tonalité plus profonde, comme le blues en son temps avait teinté les musiques africaines traditionnelles durant l’esclavage aux Etats-Unis.

…/

L’application de la « solution finale » se traduit en 1943 par la déportation de milliers de Tziganes dans les camps de Ravensbrück, Mauthausen, Belgen-Bergen, Buchenwald, Dachau et au tristement célèbre camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

Dans ce dernier, 38 casernements sont réservés aux Tziganes. Le potentat du camp se prénomme Josef. Pour les enfants du camp, il est l’oncle Pépi, celui qui leur offre des friandises. Il est aussi le Docteur Mengele, incarnation du mal absolu, celui qui se livre à des expériences terribles : stérilisation massive, injection de virus, notamment la malaria, et autres atrocités. Les conditions d’hygiène sont telles que les épidémies de typhus exanthématique et de gale surinfectée causent des milliers de morts.

Alors que le IIIème Reich s’effondre, Himmler prend la décision, le 1er août 1944, de gazer les Tziganes survivants. A Auschwitz, l’oncle Pépi offre une dernière friandise aux enfants avant de les accompagner jusqu’aux fours crématoires.

Cette nuit là, plus de 29 000 Tziganes allemands et autrichiens furent gazés et incinérés, pendant qu’une lueur sinistre provoquée par les flammes des cheminées des crématoriums n° 1 et n° 2 éclairaient le camp.

Les Tziganes qui se souviennent de cette nuit meurtrière l’appellent « zigeunernach » : « la nuit des Tziganes ».

…/…

Entre 1939 et 1945, entre 200 000 et 1 500 000 Tziganes ont été exterminés. Après le conflit mondial, les experts gouvernementaux procéderont par recoupement pour faire état de la mort de 800 000 Tziganes. Mais peu importe la variation d’une amplitude aussi grande puisque les chiffres ont peu d’importance au regard du silence général qui a suivi le crime.

Les nazis lors du procès de Nuremberg ont prétendu que la présence des Tziganes dans les camps était consécutif à leurs condamnations pour des crimes et non pour des raisons d’appartenance raciale. Pourtant, les documents et les témoignages auraient pu battre en brèche ces arguties.

Pas un seul criminel de guerre ne fût poursuivi pour crimes contre les Tziganes et aucun d’entre eux d’ailleurs ne fut appelé à témoigner au procès de Nuremberg.

…/…

La Convention de Bonn stipulait que les personnes persécutées pour cause de nationalité avaient droit à compensation.

Les demandes de dédommagements des Tziganes pour crimes de guerre se heurtèrent à l’obstruction et à l’opposition d’une administration allemande dont les préjugés demeuraient vifs.

La circulaire du 9 mars 1950 de l’Etat du Wurtemberg est assez éloquente en ce qu’elle continue de distinguer les Juifs et les Tziganes : « il devra être tenu compte du fait que les Tziganes avaient été persécutés par les nazis non pas pour quelque raison raciale, mais en raison de leurs antécédents d’asociaux et de délinquants ». Le mensonge nationaliste a la vie dure.

L’holocauste dans l’esprit général n’a été qu’une affaire exclusivement sémite. La souffrance des Tziganes a été marginalisée et pas seulement par les révisionnistes.

Contrairement aux Juifs qui alimentent encore le souvenir, les Tziganes, avec leur nature fataliste et hédoniste, ont fait de l’oubli un art. Très peu de Tziganes connaissent leur histoire collective, pour preuve la vague d’émigration de Roms Roumains en Allemagne après la chute de Ceaucescu. Les Tziganes oscillent entre résignation et absence de sentiment de haine.

…/…

En Allemagne, il faudra attendre 1982 pour que le Chancelier Helmut Kohl reconnaisse le génocide des Tziganes, mais à cette date les réparations sont bien illusoires puisque la plupart des victimes susceptibles d’obtenir une réparation sont décédées. Dix ans plus tard, le gouvernement allemand décidera de l’opportunité d’un mémorial. Longtemps retardé, c’est le 24 octobre 2012, que ce mémorial aux Tziganes déportés par les nazis a été inauguré à Berlin, à quelques centaines de mètres de la porte de Brandebourg et du Reichstag, par la chancelière Allemande Angela Merkel. Nouvelle pièce d’un puzzle, ce monument consiste en un large bassin rond rempli d’une eau aux reflets sombres qui renvoient à l’horreur des crimes nazis ".

Olivier BLOCHET dit LE NIGLO, extraits de « Les Tsiganes de France ou l’histoire des éternels étrangers » paru au mois de novembre 2014. (tous droits réservés)

27 JANVIER 2015

LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier LE NIGLO - dans Histoire et ethnologie
commenter cet article

commentaires