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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 08:15
SACHA DISTEL ET DJANGO REINHARDT, un rendez-vous manqué

Cette chronique est la première d’une petite série à venir, proposant des récits biographiques ou des anecdotes sur des musiciens ayant fait des rencontres parfois improbables, mais qui ont marqué l’histoire musicale.

SACHA DISTEL ET DJANGO REINHARDT, un rendez-vous manqué.

Léonine Distel traverse l’Europe centrale à pied depuis Odessa pour fuir les Bolchevicks. Il rejoint son frère Georges, installé en Normandie depuis plusieurs années. Avec l’aide financière de son frère, Léonine suit des cours de chimie mais, chaque fin de semaine, il exerce à Paris ses talents de danseur rémunéré dans des soirées mondaines avec pour mission d’ouvrir le bal. Le charme slave opère auprès des jeunes femmes. Les années passent et il obtient un diplôme d’ingénieur chimiste. Mais très vite, il choisi de devenir garagiste. Il ouvre un garage Porte de Clignancourt, à deux pas des puces de Saint Ouen. Plus enclin à voyager et à séduire au volant de belles voitures, son affaire capote. Il transforme alors le local en magasin de luminaires dénommée « La Puce Lumineuse ». Il épouse Andrée Ventura et il nait de cette union le petit Sacha en 1933. Celui-ci grandit à proximité de son oncle Ray Ventura. Ray, après de brillantes études musicales au conservatoire de Paris, a créé l’orchestre « Les Collégiens », en référence à ses études au Lycée Janson-de Sailly. Sacha pour sa part apprend le piano et il rencontre chez son oncle des musiciens comme, Jacques Hélian, Loulou Gasté et bien d’autres. En fait, il se nourrit de musique et notamment du jazz des années d’après guerre. Il prend ses premiers cours de guitare avec Henri Salvador, l’un des musiciens de son oncle. Henri l’initie en lui montrant les premiers accords de base. Dès son retour à la maison, Sacha passe des heures à reproduire les astuces de son « coach ». Dès 1948, il joue dans l’orchestre de Jazz New Orleans de son lycée, mais sa préférence va au Be bop. Devant son intérêt pour le jazz, Ray Ventura l’invite à assister, en compagnie de Paul Misraki et d’Henri Salvador, au premier concert de Dizzy Gillespie à Paris.

Ce concert ouvre à Sacha les portes du jazz, avec pour modèles des musiciens tels Lionel Hampton, Miles Davis, Sarah Vaughan, Lester Young et Charlie Parker. Cette musique libère les esprits après les privations de la guerre. Sacha fréquente avec ses amis les boites de jazz pour écouter ses pairs mais aussi pour y jouer. En 1951, il est consacré meilleur guitariste amateur Français par une revue professionnelle. Son jeu s’améliore encore, notamment lors d’un séjour de plusieurs mois à New York. Le jour, il travaille dans la maison d’édition de Ray et, le soir, il hante les boîtes de jazz. Il rencontre Jimmy Raney et Stan Getz. Ceux-ci lui donnent des leçons, des conseils et ils lui prêtent des partitions manuscrites. Sacha les recopie le soir. De retour à Paris, il fréquente assidument les boites de Saint Germain des Prés dans lesquelles se produisent parfois des musiciens américains. Un soir, au Club Saint Germain, il est au premier rang pour écouter Django Reinhardt. Celui-ci a déjà entendu Sacha jouer et il lui tend sa guitare. Une guitare avec les cordes trop hautes pour Sacha. celui-ci peine à jouer d’autant qu’il n’est pas particulièrement attiré par la musique du Manouche. Après le concert, Django Reinhardt est au bar. Sacha n’a jusqu’alors jamais osé lui adresser la parole. Ce soir là, il prend son courage à deux mains. La conversation s’engage et Django lui dit innocemment « On pourrait faire un disque ensemble, il faudrait qu’on en parle ». Un duo avec Django, Sacha n’y croit pas. Les jours suivants, il repense à ce projet, les mois passent, puis il apprend la mort de Django…

En 1953, il est désigné troisième meilleur guitariste de jazz par Jazz Hot et Jazz Magazine, second en 1954, puis premier pendant sept années de suite. Les portes lui sont grandes ouvertes pour l’enregistrement en 1955 de l’album « French New Sound » avec Lionel Hampton, puis l’année suivante il participe à l’enregistrement du disque culte du Modern Jazz Quartet mené par le pianiste John Lewis et intitulé « Afternoon in Paris ». Sacha part ensuite en tournée avec Juliette Gréco avec laquelle il partage alors la vie. Mais le rêve de Sacha est de chanter à l’instar de son idole Frank Sinatra. C’est à l’occasion d’un concert en trio au Casino d’Alger qu’il interprète pour la première fois « Scoubidou », l’adaptation française d’un succès de Peggy Lee aux Etats Unis. A sa sortie, le disque connaît un succès fulgurant et ce titre devient même l’hymne de la jeunesse et le nom d’un petit objet tressé par les écoliers à la récréation. Le jazzman devient chanteur de charme et il enchaîne des succès populaires sans pour autant oublier son amour du jazz. En 1962, sur une face B d’un 45 tours figure un titre instrumental dans l’esprit de « Nuages » de Django Reinhardt, intitulé : « Marina ». Le titre jugé trop lent passe inaperçu. Sacha envoie la bande à son ami Duke Niles aux Etats Unis. A cette époque, Tony Bennett cherche des titres pour un album. Duke Niles appelle le parolier Jack Reardon qui écrit aussitôt un texte sur la musique de « Marina ». Le lendemain Duke Niles propose le titre à Tony Bennett. Celui-ci enregistre ce titre sous le nom de « The Good Life ». Sinatra l'enregistre ensuite avec un arrangement de Quincy Jones, avec l’orchestre de Count Basie. On compte aujourd’hui plus de 250 versions de cette chanson. Revenue en France sous le titre de « La Belle Vie », elle a mis du temps à s’imposer alors qu’elle est devenue rapidement un standard éternel aux Etats Unis, puis dans le reste du monde.

Sacha Distel a poursuivi sa carrière de chanteur de charme sans oublier ses racines musicales. En marge de sa carrière de chanteur de variétés, il a continué à enregistrer des disques de jazz, comme cet hommage à Django Reinhardt, avec l'orchestre de Claude Bolling en 1959 ; ou encore, en 1993, son très bel hommage à Ray Ventura reprenant les succès de celui-ci. Le guitariste Barney Kessel ne lui avait-il pas dit un jour : « Quoi que tu fasses, tu seras toujours un musicien de jazz ».

Olivier LE NIGLO

Le 19 SEPTEMBRE 2015

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