Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 11:30
HENRI SALVADOR ET DJANGO REINHARDT : un rendez-vous haut en couleurs

Henri Gabriel Salvador est né à Cayenne, en Guyane, le 18 juillet 1917 d’un père d’origine espagnol et d’une mère indienne Caraïbes, tous deux nés en Guadeloupe. Son Père, fonctionnaire des impôts, décide de rejoindre la Métropole. Henri n’a alors que 7 ans et son père le prédestine à des études de pharmacie.

Henri apprend seul la musique en se consacrant à la batterie et il arrête ses études à quinze ans, préférant faire le pitre aux terrasses des cafés parisiens au grand désespoir de son père.

En 1934, l’un se ses cousins lui fait écouter des disques de Louis Armstrong et de Duke Ellington. A leur écoute, Henri a la révélation du chemin qu’il doit suivre : ce sera le jazz et il en informe son père. Il écoute du jazz à longueur de journée mais il ne le joue pas faute d’instrument.

Alors qu’il écoute la TSF, il découvre l’un des génies de l’histoire du jazz : Django Reinhardt. Henri subit un nouveau coup de foudre et il insiste pour que son père lui achète une modeste guitare. Durant dix huit mois, il travaille son instrument quinze heures par jour. Comme bon nombre d’autodidactes, il reproduit à l’oreille les titres qu’il entend à la radio et sur les disques, en recherchant les meilleures positions de doigts pour approcher de la sonorité originale.

Dès 1935, Henri est devenu un vrai musicien. Il fait la tournée des cabarets avec son frère André. Il part même en tournée plusieurs mois avec l’orchestre de Paul Raïss.

De retour à Paris, il rencontre le pianiste Marcel Maselin qui lui propose de participer à un quartette pour jouer dans un nouveau cabaret qui ouvre rue Huyghens, au cœur de Montparnasse. Martin les rejoint aux drums et Emmanuel Soudieux à la basse. Soudieux deviendra plus tard le bassiste favori de Django Reinhardt. Le quartette répète quelques jours et après une audition, il se fait embaucher au « Jimmy’s Bar » qui, après une période de flottement, deviendra rapidement l’un des lieux les plus à la mode de Paris. Le quartette joue du jazz et des variétés américaines, notamment les mélodies des comédies musicales.

Malheureusement, en 1937, Henri est affecté pour son service militaire dans un régiment d’infanterie dans l’est de la France. Grace aux relations du patron du Jimmy ’Bar, il est muté à Paris. Henri pense alors pouvoir jouer au « Jimmy ’s Bar » les soirs de perm mais le patron lui annonce qu’il a engagé Django Reinhardt et que celui-ci a déjà un guitariste pour assurer la rythmique.

Henri décide de déserter et de vivre au jour le jour. Après une expérience curieuse dans un cabaret de la rue de La Rochefoucauld dans lequel il tient la batterie, il part pour Marseille. Là, il chante dans un cabaret appartenant au caïd Mémé Guérini.

C’est alors que le second guitariste de Django Reinhardt s’en va. Django engage Henri comme accompagnateur car il trouve dans son jeu des parfums tropicaux. Dès le premier soir, Henri observe le jeu de Django pour lui repiquer des plans, mais Django s’en aperçoit et le second soir, il intervertit leurs places sur scène. Henri passe alors ses nuits à rechercher les sonorités de Django et prend un malin plaisir à les reproduire chaque soir au grand agacement de Django.

Au bout de trois mois, Henri redoute les conséquences de sa désertion. Alors qu’il s’apprête à retourner de lui-même à la caserne, il est appréhendé par deux gendarmes. Il se retrouve à Maisons-Laffitte dans une caserne improvisée dans les écuries d’une propriété de l’Aga Khan. Les tribunaux militaires ont réuni là tous les exclus de l’armée : déserteurs, objecteurs de conscience, gangsters, voyous, souteneurs. Henri est témoin de la violence extrême que les plus forts font subir aux plus faibles : bagarres et viols. Il a la chance d’être pris sous la protection de Carbone, le célèbre truand marseillais, ancien client du « Jimmy ’ Bar » et fan des facéties d’Henri.

Sur une nouvelle intervention du patron du « Jimmy’ Bar », Henri échappe à une condamnation à trois ans de prison et il est réintégré dans sa caserne parisienne. En juin 1940, son régiment est envoyé sur le front du nord en juin 1940. La débâcle provoque sa seconde cavale, mais cette fois, il suit la fuite des gradés de son régiment devant l’invasion allemande. Il rejoint Biarritz avant de revenir à Paris pour être démobilisé. Le Paris occupé par les Allemands le déprime et il retourne à Biarritz en espérant y trouver du travail. Il joue dans un orchestre mais la présence allemande, sa couleur de peau et des menaces voilées de collabos le contraignent à traverser les Pyrénées jusqu’en Espagne pour rejoindre Nice en zone libre.

Henri rencontre le violoniste Bernard Hilda dont l’orchestre, composé également de Fred Hermelin à la basse et du pianiste Albert Lasry (co-compositeur de « La Mer » avec Charles Trenet) joue dans une boite select : le « Maxim’ ». Henri y joue, il y chante et il improvise des sketches. L’année suivante, l’orchestre joue à Cannes dans un cabaret nommé « Le Relais ». Le succès de l’orchestre assure des revenus confortables à chacun de ses membres. Un soir, Ray Ventura vient voir le spectacle et il remarque Henri. A la fin de la représentation, Ray Ventura propose à Henri de faire avec lui une tournée en Amérique du sud, en commençant par le Brésil. Après une petite tournée en France libre, l’orchestre « Les Collégiens », composé de 24 musiciens, embarque sur un paquebot à partir de Cadix pour l’Amérique du sud. Durant la traversée, il sympathise avec le compositeur Paul Mizraki. La tournée en Amérique du sud commence à Urca et elle dure quatre ans. C’est un triomphe mais alors que les alliés viennent de débarquer en Normandie, Ray Venture envisage de dissoudre l’orchestre pour aller à Hollywood écrire des musiques de films. Henri démissionne et il signe un contrat pour passer en vedette au casino « Bel Horizonte » dans la région minière du Minas Gerais.

Henri y rencontre le succès mais le contrat initial est trafiqué et il se retrouve avec un cachet minuscule. Il repart à Urca et de là il fait une tournée d’un an en vedette dans toutes les grandes villes Brésiliennes à l’instar de Bing Crosby ou de Frank Sinatra.

En Europe, la guerre est finie et Ray Ventura apprend à Henri qu’il rentre en France pour reconstituer un nouvel orchestre. Il lui propose d’y reprendre sa place.

De retour à Paris en 1945, Henri refuse de reformer le duo avec son frère André car il jouit d’un statut de vedette qu’il ne veut pas partager. Il réintègre l’orchestre de Ray Ventura dont l’orchestre part en tournée dans toute l’Europe. Il prend même le temps de tourner un film populaire : « Mademoiselle s’amuse ».

Mais Henri veut s’imposer seul. Il fait la première partie de Bobino et il rencontre un succès qui lance sa carrière de chanteur et d’humoriste. Il enregistre son premier disque sur lequel figure « Clopin Clopan » et « Maladie d’Amour », un titre qui connu plus de trois mille interprétations aux Etats Unis. Dès lors, iI alterne chansons de fantaisie et chansons douces.

En 1956, il est l’un des premiers à interpréter des airs de rock’n’roll en français. Il prend alors le pseudonyme d’Henry Cording (jeu de mot sur recording) pour chanter des parodies de chansons américaines adaptées par son ami Boris Vian.

Parallèlement, il continue à jouer du jazz et il sort l’album « Salvador plays the blues ».

Si la carrière d’Henri est riche d’enregistrements de disques, d’émissions de télévision et de tournée flamboyantes, y compris aux Etats Unis, ses chansons humoristiques ont rencontré plus de succès commercial que ses chansons douces comme « Syracuse », ce qu’il a souvent regretté.

Il s’avère toutefois que Sacha Distel et Henri Salvador sont les seuls chanteurs de variétés français à figurer dans le « Dictionnaire du Jazz ».

La carrière d’Henri Salvador a connu une éclipse entre 1980 et 1990. Il se consacre alors à la pétanque avec à la clef plusieurs titre de champion d’île de France notamment, lui conférant une réputation de paresseux alors qu’il n’a jamais cessé de travailler.

Il renoue avec le jazz en produisant son album « Monsieur Henri’ enregistré à New York en 1994 qui sera un échec artistique et commercial.

En 2000, avec la collaboration de Keren Ann et de Benjamin Biolay, il revient sur le devant de la scène avec l’album « Chambre avec vue », composés de chansons alliant le swing et les rythmes brésiliens. Il reprend alors les tournées malgré son âge. En 2006, il sort l’album « Révérence » pour annoncer sa retraite sur un élégant mélange de bossa nova et de rythm n’ blues.

Henri Salvador aura été le spécialiste du métissage artistique, passant de la gouaille populaire à des shows à l’américaine, du jazz à la chanson humoristique ou pour enfants, fédérant autour de lui toutes les générations.

Il décède le 13 février 2008 d’une rupture d’anévrisme dans son appartement de la Place Vendôme.

Olivier LE NIGLO

Le 1er octobre 2015

HENRI SALVADOR ET DJANGO REINHARDT : un rendez-vous haut en couleurs

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier LE NIGLO
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE BLOG DE OLIVIER BLOCHET
  • LE BLOG DE OLIVIER BLOCHET
  • : MES CHRONIQUES LITTERAIRES, MON ACTUALITE, MES CHRONIQUES SUR LES TSIGANES ET SUR LE JAZZ MANOUCHE, MES CHRONIQUES NOIRES.
  • Contact

Recherche

Liens