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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 14:29
ROMS : EXISTE T'IL UNE QUESTION ROM ?

Question: «point à discuter, à examiner, difficulté à résoudre»

Dictionnaire Larousse classique

Je ne pense pas qu’il existe une question Rom. Il s’agit plus simplement d’un problème de ségrégation ethnique et sociale né tout au long d’un processus historique. Celui-ci a débouché sur un racisme ordinaire dans certains pays européens.

L’Europe s’est doté d’un arsenal de commissions et c’est assurément à l’Union Européenne de lutter de toutes ses forces contre les discriminations en général, et contre celles qui frappent les Roms en particulier.

Les Roms sont la première minorité ethnique européenne, soit à peut près 15 millions de personnes concentrées dans seulement quelques pays.

Un rappel historique n’est pas inutile :

Lorsqu’une petite diaspora sédentaire quitte le nord de l’Inde dès le 5ème siècle, d’autres suivront jusqu’au 10ème siècle, probablement chassées par des invasions barbares ou par des épidémies, ces nouveaux nomades cheminent et résident plus ou moins longtemps dans des contrées qui les accueillent pour leurs compétences. A Constantinople, ce peuple est reconnu pour son savoir faire en matière d’élevage et de dressage des chevaux. Les Ottomans étendent alors leur empire jusqu’à Vienne et ils sont leurs principaux clients. Le déclin de l’empire Ottoman les pousse à reprendre la route. Certains s’arrêtent en Valachie, l’une des provinces qui forment aujourd’hui la Roumanie. Ils sont alors réduit en esclavage jusqu’au milieu du 19ème siècle. Ce sont ceux que l’on appelle aujourd’hui les Roms.

D’autres poursuivent leur route jusqu’aux états indépendants qui formeront l’Allemagne après leur unification. D'autres encore pousseront jusqu’en France qu’ils atteignent au début du 15ème siècle. Ces nomades que l’on nomme alors Bohémiens, en référence aux lettres de crédit du Roi de Bohème qu’ils présentent, sont tout à bord bien accueillis d’autant qu’ils prétendent être des pèlerins. Toutefois, alors que la situation économique se détériore en raison de conflits, de famines et d’épidémies, leur situation se dégrade et ils sont rejetés car leur mode de vie est bien éloigné des préceptes de l’église catholique. D’une manière globale, Ils connaissent dans la plupart des pays d’Europe le rejet, le bannissement et des tentatives d’extermination, notamment pendant le second conflit mondial.

Après ce dernier, les régimes communistes reconnaissent les minorités et favorisent leur intégration. Dans le système de production collectivisé et dirigé vers les grosses infrastructures agraires d’état ou dans les entreprises industrielles, ils sont intégrés dans des emplois peu qualifiés. Mais lors de la chute de ces régimes, au début des années 90, l’abandon de la politique économique collectiviste laisse la place à un capitalisme mal maîtrisé, à la défaillance des entreprises et à une crise économique. De nouveau stigmatisés, les Roms sont alors marginalisés. Exclus du monde du travail sur fond de crise sociale et économique ils sont alors rejetés dans la plus profonde pauvreté dans des cités ou des villages ghettoïsés, sans hygiène, sans confort, sans soins et sans enseignement. Si on ne peut pas parler à proprement parler d’une épuration ethnique, cette politique ségrégationniste menée par la Bulgarie et la Roumanie a eu pour effet de pousser une partie de leurs ressortissants Roms à l’exil. Ces pays se sont débarrassés d’une population jugée indésirable et ils ont laissé aux pays d’accueil, notamment l’Allemagne et la France, le soin de se charger de les accueillir. Cet afflux de familles démunies, à la culture différente ne pouvait pas se faire sans de nombreux écueils.

En arrivant en France, les Roms se sont trouvés très vite confrontés à un problème de racisme ordinaire et à l’impossibilité d’une insertion sociale en raison de leur manque de maîtrise de la langue française, par manque de compétence professionnelle et de titre de travail. L’insertion sociale leur était interdite dans leur pays d’origine, elle ne leur pas été ouverte dans leurs pays d’exil, et notamment en France.

Cette minorité est l’une des plus visibles puisqu’elle vit dans des bidonvilles et dans la rue. Elle a donc catalysé sur elle tous les reproches et toutes les craintes : manque d’hygiène, inadaptation sociale, délinquances due à des filières du crime mafieux.

Devenus les boucs émissaires d’une politique sécuritaire, leur stigmatisation a d’ailleurs été banalisée par une politique de droite comme de gauche surfant sur un espace médiatique friand d’aborder fréquemment un sujet consensuel, usant d’amalgame avec les Tsiganes français et ce, sur fond de populisme.

Le Conseil de l’Europe a pris conscience qu’il s’agit d’un problème transnational. Il a défini un cadre d’intégration des Roms en fixant les axes prioritaires que sont l’éducation, la santé, le logement et le travail.

Le 1er janvier 2013, le Comité Européen des Droits Sociaux (CEDS) a condamné la France pour violation des droits inscrits dans la charte européenne des droits sociaux concernant le droit des Roms à avoir accès à l’hébergement, à l’éducation, à l’assistance sociale et médicale et à la protection de la santé. Malgré cela, et en dépit de plusieurs autres condamnations, la France n’a pris aucune mesure pour faire tomber les barrières des préjugés, bien au contraire.

A plusieurs reprises cette minorité a été jetée en pâture à l’opinion publique par des propos émanant des plus hautes autorités de l’Etat. Tout d’abord par le Président de la République lors du discours de Grenoble en 2010 qui désigna les « gens du voyages et les Roms » comme un facteur d’insécurité, par une ordonnance du 4 août 2010 qui désigne les Roms comme une groupe ethnique - au mépris des principes fondamentaux de non ségrégation - mais encore en 2013 par le Premier ministre qui prétendait que : « les occupants des campements ne souhaitent pas s’intégrer pour des raisons culturelles » et jugeant que toute politique d’insertion est « illusoire », ou encore que « les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner ».

Autrement dit, on ne les veut pas ici en disant que le problème vient de leurs pays d’origine, mais on ne les veut pas non plus dans leur pays d’origine ! Rien d’étonnant à ce qu’ensuite un maire considère en public « qu’Hitler n’en a pas tué assez ». Il s’agit à chaque fois de déclarations politiques d’opportunité. Cette politique d’Etat viole les principes fondamentaux. Elle repose sur un racisme culturel refusant aux Roms les droits les plus élémentaires : l’accès à l’eau, à l’électricité, à la salubrité (enlèvement des ordures ménagères), accès à l’emploi, scolarisation des enfants. Le leitmotiv est le suivant : « leur rendre la vie impossible » car les Roms étant européens, on ne peut pas les renvoyer chez eux sans respecter des délais et des procédures appropriées. Cette politique a été mise en place en transférant une partie des responsabilités aux maires. Ce tour de passe-passe permet de réduire l’institutionnalisation de la discrimination, mais les maires sont démunis devant l’arrivée de Roms sur le territoire de leurs communes et ils sont pris en otages par leurs électeurs qui exigent leur expulsion.

Dans d’autres circonstances, les Roms n’apparaitraient pas comme des gens perdus mais aujourd’hui ils vivent sans repaires sociaux, dans un environnement administratif hostile et par conséquent en décalage avec la société qui les entoure.

Olivier LE NIGLO

Le 14 décembre 2015

Points de droit :

Le traité d’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie du 25 avril 2005 a fixé les règles suivantes :

A partir de 2007, début d’une période transitoire, les ressortissants Bulgares et Roumains bénéficient de la libre circulation en Europe. Munis d’un passeport Européens ils ont donc le droit d’entrer en France sans visa pour une durée ne pouvant pas excéder trois mois. Pour un séjour plus long, les règles françaises les obligent à avoir un permis de travail ou un titre de séjour.

Cette période transitoire a pris fin le 31 décembre 2013. Ces ressortissants ne sont plus obligés de passer par la procédure de l'autorisation préalable de travail pour occuper un emploi salarié. Cependant les préfectures peuvent « continuer à notifier des refus de séjour accompagnés d'une mesure d'éloignement, estimant que les personnes concernées sont des « inactifs » ne démontrant pas réunir les deux conditions exigées pour prétendre à un droit au séjour : ressources suffisantes et assurance maladie ».

Quelques chiffres :

En 2010, la France a expulsé 9000 Roms

De 2012 à 2013, ce chiffre a été porté à 21 000 Roms par an.

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Published by Olivier LE NIGLO - dans chronique sur les Roms
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