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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 10:05
MANITAS DE PLATA : "PETITES MAINS D'ARGENT"

Ricardo Baliardo est né dans une roulotte le 7 août 1921 à Sète. Son père, marchand de chevaux, lui offre une guitare pour ses huit ans avec le produit de la vente d’un âne. Sans savoir lire une note de musique il maitrise très vite la guitare tout comme son cadet Hyppolite. Tous les deux se passionnent pour la guitare flamenca et le jeune Ricardo est très vitre reconnu par la communauté gitane lors de sa présence aux Saintes-Maries-de- la- Mer comme « Manitas de Plata » : « Petites mains d’argent ».

La musique devient un revenu d’appoint durant une dizaine d’années avec son frère Hyppolite et leur cousin José Reyes, notamment l’été devant la terrasse des cafés. Manitas a un répertoire qui s’inspire de la rumba catalane et du flamenco. Son jeu est fluide et fascine son auditoire.

Brigitte Bardot le découvre, l’invite à jouer chez elle à La Madrague et le jeune Gitan, modeste et illettré, va se mettre à fréquenter Jean Cocteau, Picasso, Salvador Dali ou encore le photographe Lucien Clergue.

En 1963, lors d’une exposition de ce dernier à New York, un admirateur le reconnait sur un cliché et le persuade d’enregistrer son premier disque. Manitas à 42 ans. Il accepte d’enregistrer 8 titres – dont Juergas ! - dans une chapelle moyenâgeuse puis un hôtel situés en Arles, avec ses chanteurs José Reyes (son cousin) et Manero Baliardo (son fils aîné).

Deux ans plus tard, sa carrière prend un tournant professionnel lorsque des producteurs américains lui proposent de jouer au Carnegie Hall à New York. Il y triomphe et il enchaîne les concerts dans le reste des Etats Unis. Il représente même l’Europe à l’ONU lors d’une cérémonie sur les droits de l’homme.

Manitas conquiert le monde. Il devient le gitan le plus célèbre du monde (Django est décédé en 1953). Il enchaine les tournées : Etats Unis, Italie, Allemagne, Angleterre, Algérie, Nouvelle Zélande, Singapour et il devient l’artiste européen le plus connu au monde avec plus de 80 disques enregistrés et 93 millions de disques vendus. Il a su également d’attirer la sympathie et le respect des plus grands de la planète.

Le succès est tel qu'une maison de disques peu scrupuleuse commercialise des enregistrements de Manitas sans son accord. L'affaire ira jusqu'en cassation et un arrêt en 1970 appelé “arrêt Manitas” lui donne définitivement raison. Cet arrêt de principe fixe désormais la question des droits d’auteur s'inspirant d'airs traditionnels.

Ses cachets et ses royalties lui assurent une fortune confortable pour entretenir sa « tribu » de 80 personnes, son goût pour les belles voitures et les femmes auxquelles il voue un amour au point d’avoir engendré entre 24 et 28 enfants. Il n’en reconnaitra que 13, dont son ainé Manero.

Lorsqu’ils étaient enfants, Manitas et Georges Brassens étaient presque voisins à Sète mais ils ne se rencontreront que vers le milieu des années 50. En 1979, Brassens propose à Manitas de participer à l’enregistrement d’un disque de jazz avec Moustache. Mais Manitas décline la proposition faute de disponibilité car à cette période, il fait une grande tournée mondiale. En 1981, Brassens disparaît et Manitas sera très affecté par la mort de son ami et par leur rendez-vous musical manqué.

Son train de vie pharaonique, la distribution de subsides à ses enfants, neveux, cousins et amis viennent à bout de sa fortune et à la fin de sa vie, il vit modestement à La Grande Motte.

Le 8 août 2009, Manitas jouera encore aux arènes El Cordobés à Palavas les Flots lors de la soirée dédiée à son frère et pour son anniversaire du 7 août 2009.

A l’âge de 91 ans, Il se produit comme invité surprise le 31 octobre 2012 à l'Olympia.

Le 19 avril 2013, Manitas est victime d’un malaise cardiaque, à son domicile de La Grande-Motte, après une baisse de tension. Il est placé en observation à l’hôpital de Montpellier Le 20 juillet 2013. A 92 ans, ruiné et malade il lance un appel à l'aide dans le journal La Dépêche du Midi « Je suis ruiné et malade, aidez-moi ! ».

Pour l’une de ses dernières photographies, il apparaît en fauteuil roulant lors du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer le 24 mai 2014.

Le 7 juin 2014, après un nouveau malaise, il est transporté en urgence dans une clinique de Montpellier. Il y reste jusqu’au 8 août 2014, au service gériatrie-gérontologie avant d’être transféré en maison de retraite à Montpellier.

Manitas de Plata décède dans la nuit du 5 au 6 novembre 2014 à l’âge de 93 ans. Il est inhumé le 8 novembre 2014 au funérarium-cimetière Grammont de Montpellier.

L’héritage musical que nous a laissé Manitas de Plata est considérable.

Le guitariste autodidacte a popularisé le flamenco en France, il a enflammé les soirées tropéziennes avant de faire une carrière internationale.

L’écrivain américain John Steinbeck l’a décrit comme « un grand artiste sauvage ». Il est vrai que Manitas a toujours su refuser de se laisser dompter, partageant avec la communauté gitane ce goût pour la liberté. Il poussait même cette nature à ne pas préparer ses récitals pour laisser une grande place à l’improvisation.

Il est le musicien de flamenco qui a vendu le plus de disque au monde.

Olivier Blochet dit Le Niglo

Le 17 janvier 2016

MANITAS DE PLATA : "PETITES MAINS D'ARGENT"MANITAS DE PLATA : "PETITES MAINS D'ARGENT"
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Published by Olivier LE NIGLO - dans Biographie de musiciens
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