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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 08:20
Les différentes sortes de livrets de circulation (la carnet a été supprimé le 5 octobre 2012)

Les différentes sortes de livrets de circulation (la carnet a été supprimé le 5 octobre 2012)

 

 

Dans le but de contrôler les nomades – et non pour les obliger à se sédentariser comme nous le lisons trop souvent -,  les autorités françaises leur imposent dès juillet 1912 de se soumettre à la détention obligatoire d’un carnet anthropométrique d'identité, individuel pour toute personne âgée de plus de 13 ans et collectif pour les chefs de famille. Ils ont l’obligation de le détenir en permanence pour répondre aux contrôles et ils ont l’obligation de leur  faire viser en gendarmerie à leur arrivée dans une ville et lorsqu’ils quittent celle-ci. Leurs véhicules doivent être munis de plaques spéciales de couleur bleue.

Ces dispositions permettaient de mettre sous étroite surveillance les nomades, suspectés de collusion avec l’ennemi car susceptibles de repérer les mouvements de troupes.

Lorsque le régime de Vichy décide d’assigner à résidence (on notera l’aberration de la mesure frappant des nomades) puis de les interner dans des camps, le travail des gendarmes fut facilité par le fichage de cette population depuis près de 30 ans. Les  arrestations, le choix d’implantation des camps et leur gestion furent placées sous la responsabilité des préfets. A la libération, au prétexte que la mesure portait sur toute la durée de la guerre, les autorités Françaises ne procédèrent à la libération des prisonniers qu’après la signature du décret du 10 mai 1946 mettant officiellement fin à la guerre.

Le carnet anthropométrique supprimé en 1969 a été remplacé par le carnet de circulation (abrogé par une décision du Conseil Constitutionnel le 5 octobre 2012) et le livret de circulation instituant ainsi un régime administratif discriminant à la population Française non sédentarisée que l’administration, en 1962, désigna sous l’appellation de « gens du voyage ». Ceux-ci ont l’obligation de les détenir sous peine d'amende et ils sont astreints à une obligation de rattachement à une commune. A cet égard, rappelons qu’il est interdit à une commune de compter plus de 3 % de "gens du voyage" dans sa population afin que ceux-ci ne pèsent pas sur le résultat des élections locales.  Pourtant, qu’ils soient Manouches ou Gitans, ces familles sont françaises depuis le 15e siècle, c'est-à-dire depuis souvent bien plus longtemps que leurs plus fervents détracteurs.

Depuis plusieurs dizaine d’années, les « gens du voyage » qui regroupent principalement les communautés Manouches et Gitanes réclament l’abolition de cette législation d’exception par la voix des associations.

Dans son discours du 29 octobre 2016, François Hollande a reconnu officiellement la responsabilité de la République Française dans l’internement des Tsiganes et de ses conséquences. Il est également revenu sur la proposition de Dominique Raimbourg, président de la commission nationale consultative des gens du voyage d’abroger la loi de 1969, dans le cadre du projet de loi « Egalité et Citoyenneté » actuellement en discussion au Sénat. Le livret de circulation devrait donc être supprimé. Un autre espoir est lié à cette loi, celui de la reconnaissance de la caravane comme un logement et non plus seulement comme un domicile afin de bénéficier d’aides publiques liées au logement.

Au-delà de la reconnaissance de l’horreur de l’internement  et l’abrogation d’une loi d’exception digne des périodes les plus noires de l’histoire de France, il reste à vaincre les difficultés rencontrées par les familles pour leur permettre un accès normal à la scolarité et à la santé.

Mais ce qui prendra le plus de temps, ce sera de vaincre les préjugés. Le « sans feu ni lieu » s’est transformé au fil du temps en « sans foi ni loi » car les exactions d’une minorité ternissent la réputation d’une majorité soucieuse de vivre selon ses traditions en respectant les règles de la société.

 

 

Olivier Blochet

Le 22 novembre 2016

 

 

Copyright – Olivier Blochet – novembre 2016

 

 

 


 

Lors de la cérémonie du 29 octobre 2016, quelques membres de la communauté Tsigane brandissent leurs carnets de circulation (copyright Olivier Blochet)

Lors de la cérémonie du 29 octobre 2016, quelques membres de la communauté Tsigane brandissent leurs carnets de circulation (copyright Olivier Blochet)

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Published by Olivier Blochet - dans Chroniques Tziganes
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