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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 17:19
L'INTERVIEW A VISAGE CACHE

 

 

Aujourd'hui, nous rencontrons un auteur à visage caché.

Oui ce n’est pas commun, mais que voulez vous, c’était ça ou pas d’interview, alors j’ai accepté les conditions fixées par cet auteur.

Nous nous sommes retrouvés au Café de La Paix, Place Du Guesclin à La Rochelle, dans le très joli cadre de cette brasserie ancienne au zinc brillant.

O.B : Bonjour. Je précise aux lecteurs que nous nous sommes rencontrés sur plusieurs salons du livre lors desquels vous m’avez fait part d’un certain nombre de réflexions sur votre vision de l’édition. L’idée a germé de vous interviewer. Vous en avez accepté le principe, mais à la condition de ne pas révéler votre identité par discrétion.

Mr X : Et par prudence également (rires).

O.B : oui, pour ne pas compromettre votre activité littéraire car vous avez un regard plutôt acéré sur l’environnement du livre.

Mr X. : Je dois dire que si le monde change, si le climat change, si les relations sociales et économiques changent au niveau mondial, le monde de la littérature évolue également, mais pas forcément dans le bons sens.

O .B : Pouvez-vous nous préciser votre pensée ?

Mr X : Et bien, je vous donne un exemple fréquent. Vous avez de nombreux salons du livre dans tous les départements, le plus souvent ils sont organisés par des associations, des comités des fêtes, parfois par des bibliothèques ou encore par des municipalités. Toutes ces initiatives sont louables car elles permettent une diffusion du livre dans des endroits parfois éloignés des librairies. Or, ces initiatives sont critiquées, voire boycottées par des éditeurs au motif que ces manifestations ne respectent pas la chaîne du livre et ne concernent pas des auteurs signés dans l’édition traditionnelle mais des auteurs édités à compte d’auteur ou des auteurs autoédités.

O.B : je précise que la chaîne du livre concerne l’édition traditionnelle, les réseaux de diffuseurs professionnels et la distribution par le réseau des libraires indépendants et les grandes enseignes culturelles. Les auteurs édités à compte d’auteur financent eux-mêmes l’édition de leurs livres en passant par des intermédiaires, parfois peu scrupuleux et souvent très onéreux. Quant aux auteurs autoédités, ils financent eux même l’édition de leurs œuvres sans intermédiaire.

Mr X : Oui et dans les deux derniers cas, les éditeurs considèrent que ce type d’édition ne respecte pas la chaîne du livre puisqu’ils les en excluent. A mon sens, dans ce cas, la vraie chaîne du livre devrait englober les producteurs de bois, les papeteries, les imprimeurs, les éditeurs, les diffuseurs, les libraires et les auteurs. Et là, nous percevons l’hypocrisie et des limites de cette philosophie. Aujourd'hui, vous avez des éditeurs qui possèdent leur propre réseau de diffusion et parfois leur réseau de librairies. Sans compter que certains font imprimer en Espagne, au Portugal, en Allemagne et en Pologne pour des raisons de coût. Et pour être complet, vous avez ceux qui parallèlement à l’édition traditionnelle diffuse les œuvres de leurs auteurs en EBook, écartant de fait la plupart des intervenants de leur « fameuse chaîne du livre ».

O.B : Si je comprends bien, vous dites qu’eux même ne respectent pas la chaîne du livre.

Mr X : Bien sûr ! Certains ne respectent même pas les auteurs. Lorsque vous voyez le pourcentage que les auteurs perçoivent, c'est-à-dire leurs droits d’auteurs, c’est à pleurer. Pourtant, sans auteur, pas d’éditeur. Alors quand ils n’envoient pas leurs auteurs sur certains salons du livre, ce sont leurs auteurs qu’ils pénalisent ! Et puis, allez visiter le site des éditeurs. Pour vos achats, ils vous incitent à cliquer sur l’icône des grandes chaines de distribution par internet au détriment des libraires indépendants. Alors leurs leçons, ça va bien !

O.B : Le grand public fantasme sur ce que gagnent les écrivains. Pouvez-vous nous préciser combien un auteur perçoit par livre ?

Mr X : Beaucoup d’idées fausses circulent à ce sujet. Dans les faits, les clauses du contrat sont négociables. Mais dans la plupart des cas, l’éditeur est en position de force. Disons que la norme est de 8 % pour un livre broché. Autrement dit, sur un livre vendu en librairie à 18 €, l’auteur percevra 1,44 €. Un auteur très connu, gros vendeur, négociera par l’intermédiaire de son agent un pourcentage qui peut atteindre, paraît-il,  jusqu‘à 15 %. Après, sur les collections en poches, les pourcentages chutent brutalement parfois à 4 %. Un livre de poche dont le prix moyen se situe à 8 € génère pour l’auteur 0,32 € de droits. Pas de quoi rouler sur l’or, mis à part pour une poignée d’auteurs. Et puis, il faut savoir que les libraires ont un an pour retourner les livres invendus à l’éditeur. Celui-ci ne connait donc que tardivement les scores de vente, ce qui explique que les droits d’auteurs ne sont versés qu’un an après la parution du livre.

O.B : C’est la raison pour laquelle les éditeurs versent un à valoir lors de la signature du contrat !

Mr X : oui, enfin pas à tous les auteurs. Ils peuvent payer un à valoir substantiel à un auteur dont ils connaissent à l’avance les potentialités réelles de ventes et qu’ils souhaitent garder, les autres passent devant la glace !

O.B : Je précise pour nos lecteurs qu’en France il n’existe qu’une petite quinzaine d’auteurs qui vivent de leur plume. Les autres ont tous une profession principale : journalistes, enseignants, etc…

Mr X : Dans les etcetera vous pouvez ajouter les hommes politiques (rires).

O. B : Qui ne sont pas toujours les plus gros vendeurs !

Mr X : C’est certains et leurs éditeurs, prennent souvent de belles gamelles (rires).

O.B : Cela explique en partie le fait que des auteurs choisissent l’autoédition selon vous ?

Mr X : Probablement. Mon premier livre a été publié par un éditeur traditionnel. Il a rencontré un succès d’estime et je pensais naïvement que le suivant serait publié par cet éditeur qui avait d’ailleurs fait correctement son travail. Mais non, mon second manuscrit a été refusé au motif qu’il ne correspondait pas à sa ligne éditoriale générale.

O. B : cela répond à une logique économique.

Mr X : Oui bien sûr. Alors j’ai cherché un nouvel éditeur et au bout d’un an, et après avoir essuyé plusieurs dizaine de refus, j’ai pris la décision de m’autoéditer. C’est moins confortable car il a fallu que je conçoive moi-même la couverture, que je trouve une correctrice et puis que je débourse une somme coquette pour payer mon imprimeur, local, je le précise.

O.B : A partir de là ?

Mr X : J’ai appris sur le tas plusieurs métiers : éditeur, diffuseur en allant moi-même rencontrer les libraires auprès de la plupart desquels j’ai trouvé un bon accueil, des publicitaires car sans communication il ne faut pas rêver votre livre passe inaperçu au milieu des milliers de livres publiés chaque année. Et puis, j’ai pris mon bâton de pèlerin et j’ai commencé à fréquenter assidûment les manifestations littéraires : salons du livre, festivals, foires locales, journées du patrimoine, marchés de noël etc…

O.B : En quelque sorte vous êtes libre de promouvoir vos livres sans entrave ?

Mr X : C’est un peu cela. Aujourd’hui, je choisi les salons auxquels je souhaite participer. Je leur écris, parfois j’essuie des refus, mais le plus souvent ils m’invitent et je peux rencontrer mes lecteurs. Je démarche les libraires de la même manière.

O.B : Théoriquement, un éditeur fait ce travail pour ses auteurs. Il leur conseille des salons, parfois même il a son propre stand sur des salons très importants sur lequel il invite plusieurs de ses auteurs. En n’appartenant pas à une « écurie », les auteurs marginaux n’ont que de très faibles chances d’être présents sur les grands salons.

Mr X : c’est en partie vrai ce que vous dites. Mais en fait, les grands salons acceptent les auteurs sur dossier, donc même les auteurs moins connus ont leur chance de participer, mis à part à Paris où l'emplacement est prohibitif. Même certains grands éditeurs ne veulent plus y exposer.

O.B : Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

M.X : Ce n’est pas facile (rires), mais bon an mal an, je parviens à vendre quelques centaines de livres et à accroître ma notoriété. Je ne vous cache pas que ce n’est pas une activité avec laquelle un auteur peut gagner sa vie, mais en quelques années, j’ai fidélisé des lecteurs. Ils attendent ma nouvelle parution chaque année et puis, j’ai également le plaisir de me rendre d’une manifestation littéraire à l’autre pour faire connaitre mon travail d’auteur en allant au devant de nouveaux lecteurs et de retrouver mes amis auteurs autour d’un verre.

O.B : Il m’est impossible de faire la promotion de vos livres et notamment du prochain dans cet article, mais je suppose que vous avez un nouveau livre en projet ?

Mr X : Je viens de terminer la rédaction d’un roman avec une petite morale philosophique inspirée par la période dans laquelle nous vivons. Je vais le confier à deux amis qui vont le relire pour y apporter des corrections et j’espère pouvoir le publier courant février avant le début des prochains salons.

O.B : Merci Monsieur X et bonne chance pour votre prochain livre et au plaisir de vous retrouver sur le circuit des salons du livre.

Mr X : Un verre à la main ! Merci à vous Olivier et à bientôt.

 

Interview réalisée le 03 janvier 2017

 

copyright Olivier Blochet - janvier 2017

 

 

 

 

 

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Published by Olivier BLOCHET - dans interview d'écrivains
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