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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 16:35
Françoise Bercot

Françoise Bercot

Aujourd’hui, je présente Françoise Bercot une auteure

 

O.B : Bonjour Françoise Bercot. Merci d’avoir accepté cette nouvelle interview. Je rappelle à nos lecteurs que je vous avais présenté sur ce blog après la parution de « La fabrique de fantaisie »  en mai 2014. Depuis, vous avez eu une période d’activité intense liée à cette parution. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

En effet, ce livre a reçu le prix des Gourmets de Lettres de Toulouse, et l’accueil que m’a réservé cette ville m’a inspiré un autre livre intitulé Les Roses rouges de Toulouse, dont le peintre Mariano OTERO m’a fait l’honneur d’illustrer la couverture. Cela a été une rencontre liée aux affinités électives, car j’ai mis en exergue des vers de Garcia Lorca, que le père de Mariano a été le dernier à interviewer, ce que j’ignorais. Mon choix s’était porté spontanément sur un pastel de ce peintre dont je connaissais surtout les tableaux représentant des danseurs de tango. Peut-être devrais-je préciser que le personnage principal est espagnol. Le thème du livre est une rencontre amoureuse racontée de façon différente en fonction des narrateurs qui se succèdent sous forme de témoins, ou des points de vue adoptés. Il s’agit en quelque sorte d’exercices de style à la Queneau, c’est-à-dire de variations autour d’un thème central décliné chaque fois dans  un style et un registre de langue  différent, incluant de la poésie, des saynètes, des calligrammes…Ce procédé se retrouve dans ma Fabrique de fantaisie, notamment dans les discours de mariage de la deuxième partie. Ces deux livres ont été présentés dans de nombreux salons, en France et en Belgique (Mons). Je tiens à dire à quel point l’illustration de couverture est importante pour moi.  

 

 

 

FRANCOISE BERCOT : ENTRE LES MAILLES DE LA FOLIE

Je vous présente également, la photo d’une vitrine présentant les livres illustrés par le peintre Pascal EWALD auquel je tiens à rendre hommage, suivie d’un article de journal relatant l’événement.

FRANCOISE BERCOT : ENTRE LES MAILLES DE LA FOLIE
FRANCOISE BERCOT : ENTRE LES MAILLES DE LA FOLIE

OB : La parution de votre nouvel ouvrage est prévue en octobre prochain sous le titre de «   Entre les mailles de la folie ». Quel en est le thème et le sens du sous-titre « Suzanne Takes you down » ?

F .B : Le thème est tout entier dans le titre…C’est une allusion aux mailles du filet qui retiennent prisonnier. Ici, il s’agit de d’échapper à la folie qui nous entoure sous des formes multiples, là encore. C’est cette multiplicité et cette variété qui m’inspire. Cette fois-ci j’ai choisi d’écrire à la 2è personne du singulier pour entraîner avec moi le lecteur dans les méandres de la vie de Suzanne. Le sous-titre est directement inspiré de la chanson éponyme de Leonard Cohen. Suzanne vous entraîne dans son monde intérieur, dans sa folie douce …et pour mieux y pénétrer, j'ai choisi un narrateur omniscient, qui connaît les secrets intimes de Suzanne et à travers lequel, par un effet de miroir, l’auteur s'adresse au lecteur, de sorte que ce dernier s’identifie au personnage principal.

Du moins je l’espère !   

         

O.B : En vous adressant directement au lecteur, l’auteure que vous êtes nous renvoie à notre propre vécu et à nos émotions intimes dans un style original qui mêle humour et dérision, réalité mais aussi fiction,  dialogues et réflexions.

F.B : Oui, je l'ai voulu comme un échange de mails, journal intime, confidences, aperçus photographiques, secrets entrevus et entrevues secrètes, critiques de l’accueil en établissements prétendus hospitaliers, réflexions sur la maladie d’Alzheimer, amours fictifs ou  impossibles, relatant  des évènements tantôt tragiques, tantôt triviaux, souvent les deux à la fois, le narrateur  est un témoin omniscient qui nous entraîne dans  un tourbillon de folie tantôt douce, tantôt sévère,  car la vie  de Suzanne ne ressemble pas à un long fleuve tranquille, mais comme le chante Leonard Cohen :

She’s half-crazy but that's why you want to be there

Elle est à demi-folle mais c’est pour ça que tu veux être là.

 

                      

illustration : Daniel Challand

illustration : Daniel Challand

O.B : Françoise, vous avez un éclectisme littéraire assez fascinant. Comment faites-vous pour allier plusieurs activités professionnelles et des domaines d’explorations littéraires aussi divers ?

F.B : J’étais professeur de Lettres et passionnée de littérature. Je n’ai eu aucune difficulté à mener de front ma carrière d’enseignante et celle d’écrivaine. Cela était complémentaire. En outre, travaillant dans un lycée international, j’ai pu également cultiver mon amour des langues étrangères. Par ailleurs, ma formation de danseuse classique et modern’ jazz m’a tout naturellement amenée à la pratique d’un art martial chinois, satisfaisant ainsi ma quête d’esthétisme. Les calligrammes qui figurent dans la plupart de mes livres et la calligraphie en couverture de mon premier roman participent à cette quête de beauté et d'harmonie.

 

O.B : J’imagine que votre programme de fin d’année sera chargé et lié principalement à la parution de votre nouveau livre.

F.B : Oui, plusieurs salons du livre m’ont invitée, notamment ceux de Paris, Dourdan,  Lyon, Toulouse, Oléron, Rennes, Montmorillon,Mons. J'espère être présente à la fête du livre du Var, car c'est une région que j'évoque dans la plupart de mes romans et à laquelle je suis très attachée. En outre, deux peintres varois illustrent mes couvertures : Pascal Ewald et Daniel Challand.

Et bien sûr des séances  de dédicaces en librairie.

 

O.B : Vous êtes une des rares auteures française à vous rendre souvent à l’étranger pour des manifestations littéraires. Quelles expériences retirez-vous de ces rencontres ?

F.B : C’est toujours un plaisir de découvrir des lecteurs fervents de langue et de littérature françaises. C’est aussi un honneur pour moi de me retrouver avec des auteurs tels que Grimbert, Fernandez ou  Ruffin, ou encore le dessinateur de BD Daniel Kox dans le cadre de ces rencontres à l’étranger.

 

O.B : La littérature française a-t-elle toujours une aussi belle aura à l’étranger ?

F.B : Oui ! (en s’exclamant)

 

O.B : Françoise, avez-vous le sentiment que la crise du livre que nous ressentons aujourd’hui en France existe également dans les pays que vous fréquentez professionnellement ?

F.B : je n’ai pas cette impression, mais il m’est difficile d’avoir un point de vue objectif, car les étrangers qui achètent mes livres sont par définition  amoureux de notre culture.

 

O.B : J’imagine que vous projetez déjà un prochain livre pour 2018. Pouvez-vous nous en parler ou est ce trop tôt ?

F.B : Effectivement, je viens de commencer un roman, et c’est trop tôt pour en parler car je suis en plein processus d’élaboration.

 

O.B : Françoise vous nous faites un cadeau appréciable en nous offrant trois extraits de « Entre les mailles de la folie », que je reproduis ci-dessous :

 

Extrait n°1 :

 

MONSIEUR LE PILOTE,

Voilà bien longtemps que je voulais vous écrire,

Mais vous savez comment sont les grandes personnes, elles remettent au lendemain les choses essentielles pour se consacrer à leurs occupations d’adultes, elles préfèrent regarder la TV ou jouer avec leur ordinateur plutôt que rédiger une missive.

Bien sûr, le temps pour vous n’existe pas, et l’essentiel est invisible. Ce qui compte, c’est ce qu’on a dans le cœur. Alors vous pardonnerez sans doute  ma négligence et ma paresse. Un jour ou l’autre, pensais-je, il faudra bien que je dise au pilote que le petit Prince est redescendu sue Terre. Je l’ai tout de suite reconnu avec ses cheveux blonds, son regard clair son sourire d’enfant, sa silhouette fragile et sa longue écharpe flottant dans le vent, car le mistral soufflait fort ce jour-là.

Il exposait dans une galerie, car il avait eu tout le loisir d’apprendre à dessiner et à sculpter. Pas seulement des moutons ni des éléphants dans un boa, pas simplement des baobabs ni des volcans, mais toutes sortes d’animaux imaginaires, d’arbres, de fleurs, de drôles d’engins, d’hommes de de femmes parmi lesquelles je crus me reconnaître, et vous, monsieur le pilote, que je pris d’abord pour un embryon, tout recroquevillé dans une capsule entourée de flammes et flottant dans l’azur. La sculpture me plut tant que je l’acquis. Par la suite, chaque fois que j’écrivais un livre, je choisissais une œuvre de mon ami pour sa couverture.

Quitter son étoile pour venir sculpter la matière, c’était original, signer ses œuvres Eldjfall, c’était astucieux. J’ai fait des recherches ; en islandais, ça signifie volcan. Ervin Eldjall, ça sonnait bien. C’est pour cela aussi que j’aime le petit Prince : c’est un poète. Il possédait une fleur unique, dont monsieur de Saint-Exupéry nous a caché le nom : Maria Mey, qui signifie rose mystique dans sa langue.

Je suis persuadée qu’il est revenu sur terre pour embellir notre vie.

Et puis un jour le serpent l’a retrouvé et lui a injecté son venin et mon ami a de nouveau disparu

 

Extrait N°2 :

 C’est l’histoire d’un mec nommé Jules marié depuis plus de trente ans, grand-père de cinq minots, qui après des années de mésentente conjugale décide de co-abiter avec son épouse, une forme d’habitat sans coït très répandue chez les hommes mariés infidèles que leur maîtresse fait semblant de croire.

La régulière de Jules est mariée à un type violent et jaloux, qui, un mauvais jour, tente de la noyer dans sa baignoire et se ravise au dernier moment, laissant des marques prononcées sur le cou de la victime, qui va porter plainte. Appréhendé par la police, il reconnaît les faits et déclare avoir agi par dépit amoureux, mettant en cause l’infidélité de sa femme avec notre mec. Scandale au village.

Le type est condamné à six mois de prison avec sursis et Marie, la victime, obtient le divorce. Jules lui promet de quitter sa femme, mais il ne veut pas abandonner sa belle villa au sommet de la colline, d’où il peut contempler chaque soir le coucher de soleil sur les calanques, tandis que les lumières du village s’allument une à une à ses pieds comme les étoiles au firmament. Jules est poète à ses heures.

Son épouse non plus ne veut pas quitter la maison où elle a vu grandir ses enfants et petits-enfants.

Tout continue donc comme avant, sauf que la maîtresse est libre à présent.

Mais un autre drame survient : le condamné de justice, jugeant sans doute sa sentence trop légère, la convertit en peine de mort. Il se suicide. Ça ne refroidit pas pour autant les ardeurs de son ex-femme qui, le jour des funérailles, tombe littéralement dans les bras d’un ami d’enfance. Joseph est marié et père de trois enfants. Il promet à Marie de divorcer pour refaire sa vie avec elle.

Et notre mec alors, que devient-il dans l’histoire ? Écouter les confidences sur l’oreiller de sa maîtresse lui donne un sentiment de supériorité. Il peut jouer les jules protecteurs comme par le passé. Il est plus amoureux que jamais de cette pauvre Marie qui n’a pas l’air de savoir à quel saint se vouer. Marie est bonne, cela va sans dire. Jules n’est donc pas malheureux : il a une belle et grande maison, une belle et grande famille, un bon métier , une bonne amie, et de bons copains musiciens, car non content d’être poète, il fait des galas en tant que chanteur. C’est d’ailleurs chez l’un d’entre eux qu’il a fait connaissance d’une Parisienne, qu’il est certain d’avoir déjà vue quelque part ....sa silhouette ne lui est pas inconnue : elle lui évoque certaines sculptures d’Ervin. Elle a une jolie voix et il lui dit que si elle venait s’installer dans le sud, ils pourraient faire un duo.

Il lui propose même un rendez-vous sur la plage.

Le jour J, Jules se dégonfle. Si sa conjointe (encore que dans le cas présent le terme soit aussi peu approprié que le verbe cohabiter) ou sa régulière venait à l’apprendre, une nouvelle crise pourrait éclater au sein du couple et Marie risquerait de le planter.

Peu de temps après, il croise Suzanne lors d’une exposition des œuvres d’Ervin et fait semblant de ne pas la voir.

Suspension de quatre années.

Un jour de cafard, notre mec appelle la Parisienne. Il prétend s’être trompé de numéro et feint la bonne surprise.

 

 EXTRAIT N°3 :

Un matin, la femme de chambre t’annonce que l’infirmière en chef veut te voir. Habituellement, c’est l’inverse. Mais comme d’habitude, en arrivant à l’infirmerie tu trouves porte close. On te dit : l’infirmière est à l’étage. C’est comme si l’on te disait : la concierge est dans l’escalier. On ne sait pas dans quel escalier ni dans quel étage, on ne sait jamais rien : pourquoi ta mère est couverte de bleus, où, quand, comment elle se les est faits. Il n’y a jamais de témoin. On ne sait pas non plus pourquoi il y a un déambulateur dans sa chambre, non, on ne lui fait pas de perfusion, c’est juste au cas où...Elle mange toujours quand tu n’es pas là, bref, tout se passe bien, on n’a jamais rien à te signaler, mais ce matin, l’infirmière veut te voir. Pourquoi ? On ne sait pas. Tu cours vers la chambre de ta mère. La Mégère et un type en blouse blanche occupent la largeur de la porte. Le type est le nouveau médecin conseil. Il veut te parler. Quoi, mais quoi ? Ma mère ne vit plus, c’est ça ? Non, on l’a agressée. Agressée ? Où, quand, comment ? Elle vit encore ? Entrons dans la chambre. Ta mère endormie porte deux énormes marques rouges au niveau des carotides. Un résident a failli l’étrangler .Quand, comment ? Probablement la nuit. Qui a fait ça ? On ne sait pas. Même si l’on savait, on ne te donnerait pas le nom de l’agresseur. C’est un malade, il est irresponsable.

  • Vous allez prévenir sa famille et le faire hospitaliser ? Il faut le mettre sous camisole chimique ! Et ma mère, elle va s’en tirer ?
  • On va faire le nécessaire, ne vous inquiétez pas.
  • Ma mère a failli être tuée et vous voudriez que je ne sois pas inquiète ?

Maintenant ils sont trois : La Mégère, monsieur Purgon, et la psychologue. Si tu as besoin de parler, madame Le Divan est à ta disposition.

  • Parler, parler, tout ce dont j’ai besoin, c’est d’être sûre que ma mère n’est plus en danger et que l’ordre va régner dans cet établissement. Vous avez prévenu son médecin traitant ?
  • C’est à vous de le faire.

Tu remercies les trois comédiens de t’avoir prévenue.

  • C’est la moindre des choses, répondent-ils.
  • EHPAD’ souci ! Clames tu en détachant bien les deux premières consonnes, avant de foncer au commissariat le plus proche pour déposer une main courante.

 

O.B : Merci Françoise Bercot de nous avoir accordé de votre temps. Nous attendrons avec impatience la parution de «  Entre les mailles de la folie »  et nous en reparlerons probablement ici même à ce moment là.

 

F.B : Merci Olivier pour cette interview que vous m’avez proposée en dépit d’un emploi du temps chargé et d’une actualité littéraire foisonnante.

 

Olivier Blochet

Interview réalisée le 02 juillet 2017

 

Vous pouvez retrouver Françoise Bercot sur sa page Facebook : Frann Bercot

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Published by Olivier BLOCHET - dans interview d'écrivains
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