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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 23:55
Christian Robin (Photographie droits réservés)

Christian Robin (Photographie droits réservés)

Aujourd’hui, je présente Christian ROBIN, un romancier. 

 

O.B : Bonjour, Christian Robin. Pour nos lecteurs, pouvez-vous en quelques mots vous présenter : quel est votre parcours, et le cas échéant, que faisiez-vous avant d’écrire ?

       C.R : J’ai exercé l’enseignement des mathématiques en lycée pendant 35 ans, ce qui continue d’étonner quand on sait que je suis auteur de fiction (et pourtant, qu’y a-t-il d’incompatible entre un matheux et un littéraire ? (Mais ceci est un autre débat). Parallèlement, j’ai joué les touche-à-tout : fac de médecine, école de journalisme (juste un an), thèses littéraires, animations de ciné-clubs…

 

O.B : Moi qui vous connais un peu (rires), je sais que beaucoup de personnes jugent votre profil atypique.

C.R : Atypique, je ne crois pas. Toutes ces voies qui s’ouvrent et nous attirent se rejoignent forcément. D’où certainement une vocation d’auteur, qui s’est dessinée il y a déjà longtemps.

 

O.B : Christian Robin, depuis quand écrivez-vous, quels sont les sujets qui vous inspirent, et en définitive, quel(s) type(s) de livre(s) écrivez-vous ?

       C.R : Je crois que j’ai toujours écrit et dessiné. Mon premier texte publié date de 1973 (eh oui, ça fait un bail), une nouvelle de science-fiction publiée dans la revue « Fiction », publication sous pseudonyme : à l’époque, quand on était jeune prof, il était risqué de publier des œuvres « non pédagogiques », c’est-à-dire non destinées à nos chères têtes blondes. Ensuite, tout s’est installé lentement, d’autres nouvelles pour « Fiction », des essais pour « Europe », un roman chez l’éditeur Bordessoules en 1978, puis de longues années de silence où j’ai fait tout autre chose (cinéma, festival de jazz à Angoulême, radio…). J’ai retrouvé le chemin du livre en 1993, avec deux ouvrages chez Bordessoules encore, un fantastique et un jeunesse. Et depuis, ça continue…

Les sujets qui m’inspirent sont ceux qui ont tendance à m’agacer, en particulier la langue de bois et les mensonges politiquement corrects et calculés, et la bêtise élevée au rang des Beaux-Arts… Deux sujets qui convergent assez bien. D’où des ouvrages relevant de la littérature de genre (fantastique, mystère, polar), le plus souvent empreints d’humour et d’humeur. On peut tout dire par le biais de l’humour et de la fiction, notamment du polar et de la science-fiction, aussi pourquoi s’en priver ?

Et j’aurais bien tort d’oublier ma région, riche en histoire et d’une belle qualité de vie. C’est une source d’inspiration permanente, que ce soit en littérature de mystère ou en jeunesse.

 

O.B : Quels sont les titres de vos derniers livres ?

C.R : Il y a eu en 2019 et 2020, trois volumes de la série policière-fantastique-humoristique des enquêtes du détective Sosthène Cagouillard (« le Sherlock Holmes saintongeais »), le tout dernier, publié en septembre, s’intitulant « Sosthène Cagouillard à la Belle Étoile », le tout à la maison d’édition associative Koikalit, à Saintes. Et cette année, les éditions des Moutons Électriques ont repris les 4 premiers titres de la série en deux omnibus, pour leur collection « Le Rayon vert » consacrée surtout aux classiques oubliés de la littérature populaire. C’était tout de même exceptionnel, mes livres ne voyant le jour qu’à raison d’un titre par an, en général.

 

CHRISTIAN ROBIN, UN ROMANCIERCHRISTIAN ROBIN, UN ROMANCIER

 

       O.B : Vous publiez ce mois-ci un nouveau roman. Pouvez-vous nous en parler?

        C.R : J’ai déjà cité le dernier Sosthène Cagouillard, publié voilà deux mois. C’est le tome 16 de la série, qui a débuté en 1999 chez Bordessoules ; une histoire de disparitions inexplicables dans le cœur historique de Saintes, bien sûr joyeusement farfelue et griffue, où l’on retrouve l’atmosphère des BD de Blake et Mortimer qui m’ont toujours fait rêver.

Un autre roman devait paraître en décembre aux Moutons Électriques, un polar hommage à Roland Wagner, auteur de science-fiction tragiquement disparu et que j’ai bien connu. Vu la situation « covidienne », il devrait sortir en septembre prochain…                   

 

CHRISTIAN ROBIN, UN ROMANCIER

 

O.B : Quel est le conseil le plus important que vous avez reçu pour écrire et/ou dans un autre domaine ?

C.R : Prendre son temps. Ne pas se bousculer. Avancer avec méfiance, mais sans douter. Ce n’est pas le but qui compte, c’est le chemin. Dans le domaine littéraire, je crois que la première personne qui m’ait fait toucher du doigt ce qui n’ait que des évidences, c’est Marcel Bealu, l’auteur de « L’araignée d’eau » et des « Mémoires de l’ombre », qu’il faudra bien redécouvrir un jour.

 

O.B : Les lecteurs s’interrogent souvent sur la méthode des auteurs pour écrire. Avez-vous une technique précise ou est-ce l’inspiration qui vous guide dans la construction de vos intrigues et de vos personnages ?

CR : Je ne pense pas avoir de technique précise. Je serais bien incapable de me lever tous les jours à 5 heures du matin pour écrire de 6 à 11. J’écris quand c’est le moment, souvent le matin ou en fin d’après- midi, rarement très tard, tout dépend du déroulement de l’intrigue. J’écris assez vite, mais la gestation est longue. Il faut bien sûr établir un synopsis (qui ne sera que rarement respecté au cours de l’écriture), porter en soi ses personnages, tous, jusqu’au dernier des figurants. Un détail, je ne décris pratiquement jamais lieux et personnages, juste quelques touches : il faut que le lecteur puisse faire sa part de travail, d’imaginaire. C’est peut-être cela qu’on appelle l’inspiration, je ne sais pas.

 

O.B : Travaillez-vous sur un nouveau projet et si oui, sans nous dévoiler l’intrigue, quel en est le thème ?

C.R : Des projets, il en faut constamment, surtout dans le domaine de la littérature de genre, afin sans doute d’éviter le blues de l’accouchement. Donc, oui, il y en a. En mars, un roman fantastique en collection de poche Hélios, « Il était trois vieilles dames », revu et corrigé en hommage à Lovecraft. Dans le long terme, sur deux ans sans doute, un roman-feuilleton assez excentrique en hommage aux « grands anciens » du genre, les créateurs de Fantômas, du docteur Cornélius… Il y a du pain sur la planche, ici encore. Et pas question d’abandonner Sosthène Cagouillard…

 

O.B : Comment vous faites vous connaître et qu’attendez-vous de vos    lecteurs ? Comment allez-vous à leur rencontre ?

C.R : Les salons, les signatures en librairie, les marchés de Noël, quelques manifestations « hors livres » où les auteurs peuvent être accueillis et où ils vont naturellement à la rencontre de leurs lecteurs. Il y a aussi, dans une moindre mesure, la presse, voire la télévision ce qui arrive parfois. Si les lecteurs sont fidélisés, le reste est simple : courriers, internet… et parfois, ce qui ne gâte rien, visites à la maison ! Le livre est un fantastique véhicule de rencontres, que ce soit dans le domaine du fantastique, du polar, du roman historique ou de la BD !

     

O.B : Justement, malgré la situation exceptionnelle que nous vivons, allez-vous participer prochainement à un évènement littéraire ?

C.R : En 2020, année noire et saumâtre, pratiquement tout a été annulé. Si tout va bien, l’année 2021 risque fort d’être chargée, nombre de manifestations ayant été reportées. Je devrais, si tout va bien, être présent à nombre de salons en Charente-Maritime (Chaniers en avril, puis Cita-Livres, Brouage, Saint-Palais en été…), en Charente et dans la région bordelaise (Bordeaux, Mérignac…), et en principe plus loin. On verra, selon la situation qui nous rend taillables et « covidables » à merci.

 

      O.B : Très souvent, les auteurs vivent des situations anecdotiques, amusantes ou pas, lors des dédicaces en librairies ou dans des salons du livre. En auriez-vous une à nous livrer ?

C.R : Sans originalité aucune, quel auteur, lors d’un salon, n’a pas été accosté par un visiteur qui, saisi par un titre, s’est mis à raconter à son interlocuteur désespéré les exploits de son arrière-grand-oncle qui a fait les Dardanelles ? Ce genre de calamité fait partie du métier… Un de mes souvenirs les plus émouvants était la signature de mon tout premier « Sosthène Cagouillard » à un client qui s’était, volontairement ou pas, déguisé en Sosthène, chapeau, imper, pipe et écharpe, à l’identique du dessin de couverture : c’était Jean-Louis Foulquier ! Il était très fier de son gag !

 

O.B : Quel est le conseil que vous donneriez à un auteur débutant ?

       C.R : Justement, ceux que j’ai moi-même reçus et que j’applique toujours à la lettre (forcément). Dans mon cas, je crois qu’ils ont fait leurs preuves. Et aussi, « serrer » l’écriture. On n’écrit pas comme on parle, en principe. Il faut être clair, ne pas alourdir. Éviter le délayage, l’affreux style ternaire (les redoutables trois adjectifs ou trois verbes à la suite). Simone de Beauvoir conseillait de raturer un mot sur deux sur le premier jet : c’est peut-être draconien, mais c’est efficace.

 

O.B : Comment appréhendez-vous le monde de l’édition  d’aujourd’hui ?

C.R : Ce monde n’a jamais été simple, mais là, il est devenu sacrément compliqué. Hier, il y avait les mastodontes bien connus, quelques petits éditeurs courageux et de sinistres escrocs faisant payer des fortunes aux auteurs naïfs pour quelques centaines d’ouvrages jamais distribués. Aujourd’hui, les mastodontes sont toujours là, occupant tous les créneaux littéraires presse-télé-internet, les petits éditeurs courageux à la durée de vie limitée se sont multipliés, les escrocs se portent toujours bien… et en plus, avec les facilités offertes par internet, l’autoédition a explosé, ce qui est un bien dans un sens, si l’on sait dénicher la pépite dans le lot, et heureusement il y en a plus d’une, en particulier dans notre région. Après tout, René Char, par exemple, s’est autoédité…

Personnellement, je me suis autoédité plusieurs fois. À présent, j’ai la chance de ne plus avoir besoin de recourir à cette solution. J’ai travaillé pour plusieurs petits éditeurs, Bordessoules d’abord, puis Noir Délire, Cavalier Vert, Malpertuis, ensuite l’édition associative Koikalit que je contribue à faire vivre, et aujourd’hui les Moutons Electriques, maison d’édition bordelaise à rayonnement francophone consacrée à la littérature de genre. J’ai pu ainsi éviter à certains auteurs de passer par l’autoédition avec les risques financiers qui vont avec.

De toute façon, que ce soit hier ou aujourd’hui, la personne la moins bien payée dans la chaîne du livre (quand elle l’est !), c’est l’auteur.

 

O.B : Avez-vous des auteurs fétiches ?

C.R : Oui, beaucoup. Trop, peut-être. Des classiques d’abord, que le confinement m’a permis de retrouver : Flaubert, Dumas, Balzac, Maupassant, Verne, Leroux… Des auteurs contemporains, du temps où la littérature française rayonnait encore : Vian avant tout, Queneau, Perec, et de grands oubliés, comme Marcel Bealu ou Pierre Véry… En littérature de genre, ma respiration première a été le fantastique (dont la fantasy n’est qu’un succédané); difficile d’oublier Jean Ray, comme Bradbury en science-fiction. Et le roman noir américain, de Chandler à James Lee Burke… Sans oublier la BD, Jacobs et ses Blake et Mortimer, Franquin avec Spirou, Martin avec Alix… Tintin ? Oui, bien sûr, mais pas plus que ça.

Je lis toujours deux à trois livres par semaine, selon l’épaisseur. Mes livres de chevet, enfin quelques-uns : « L’écume des jours » de Vian, « Malpertuis » de Jean Ray, « Fahrenheit 451 » de Bradbury, « Les eaux étroites » de Julien Gracq, une merveille celui-là. Bon, j’arrête là…

 

O.B : Les auteurs que j’interviewe pour le blog font souvent une œuvre de mémoire pour les lecteurs. Dernièrement un romancier me faisait remarquer que ces références littéraires permettaient de se remémorer le nom d’écrivains un peu oubliés et d’avoir envie de les redécouvrir. J’en suis d’ailleurs la première victime. Vous me donnez l’envie de relire les œuvres de Jean Ray.

Christian Robin, que lisez-vous en ce moment ?

C.R : Un exceptionnel recueil de nouvelles d’anticipation de Ted Chiang, « Expiration », considéré sans doute avec raison comme l’événement littéraire de 2020. Dans le genre, un ouvrage comme celui-ci, on en rencontre un tous les dix ans. Et j’ai récemment découvert les romans noirs de Craig Johnson, d’une qualité exceptionnelle, davantage des hymnes à la nature dans sa vastitude que des thrillers. Tout cela entre la redécouverte de quelques feuilletonistes du début du siècle passé…

 

O.B. : Christian Robin, avez-vous reçu un ou des prix littéraires ?

C.R : Je n’y attache guère d’importance. Oui, quelques-uns, principalement celui des Mouettes en 1998, pour mon premier roman policier, « Une petite ville si tranquille »; ça a bien aidé. Et tout autre chose, une distinction aux Arts et Lettres, je me demande bien pourquoi…

 

O.B : Une question essentielle : où peut-on se procurer vos livres et où peut-on suivre votre actualité ?

C.R : Pas sur Amazon, désolé. Le site de Koikalit est en reconstruction, mais dans quelques librairies sérieuses en Charente-Maritime principalement, sur les salons quand j’y suis et quand ils existent, et plus sûrement en me contactant :

christian.c.robin.17@gmail.com

06 61 32 45 84

En réponse, je fais suivre un catalogue détaillé et un bon de commande, participation aux frais de port réduite.

 

O.B : Merci, Christian Robin, d’avoir accepté de participer à cette interview qui va permettre aux lecteurs de mieux vous connaître.

C.R : Cher Olivier, ce fut un plaisir !

 

Interview réalisée à Saintes, le 26 novembre 2020

 

© Olivier Blochet – décembre 2020

 

CHRISTIAN ROBIN, UN ROMANCIER
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