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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:13

Tout au long d'un interminable voyage, des confins du nord de l'Inde du nord en passant par le Pakistan, puis par  la Turquie et ensuite en Bohême, les Tsiganes ont jalousement préservés leur autonomie ethnique.

 

Ce peuple ambulant s'est tout d'abord intégré temporairement à d'autres nomades en quittant l'Inde mais ce n'est que dans l'empire Ottoman qu'il a su faire reconnaître ses différences et ses qualités.

 

Bien que leur mode de vie nomade les ait souvent placé en situation de parias, ils ont conservé celui-ci malgré la précarité qu'il représente. Ils ont survécu aux brimades, à l'esclavage puis à la déportation sans renoncer à celui-ci.

 

Les actualités récentes, propices aux amalgames,  n'ont pas aidé à la compréhension des contradictions d'une communauté qui en réalité se divise en trois groupes.

 

Tout d'abord, il faut distinguer les Roms, groupe nomade qui s'est surtout essaimé en Roumanie et en Russie, et non en Hongrie comme souvent on le pense.

 

Ensuite, il y a les manouches ou Sinti (manus en sanscrit) qui viennent d'allemagne d'ou leur nom de famille à consonnance germanique (REINHARDT, SCHMITT, ZIEGLER , WINTERSTEIN...). Excellents musiciens, ce sont eux qui ont préservé et enrichi la musique ancestrale au gré de leurs voyages.

 

Puis nous trouvons les Gitans, Tsiganes qui ont choisi un autre itinéraire de dispersion et qui vivent dans le sud de la France et dans la péninsule ibérique.

 

A noter toutefois que certains s'intallèrent en Angleterre vers 1430 composant aujourd'hui une communauté importante.

 

Ces peuples, continuellement chassés et contraints de reprendre la route n'ont pas d'écriture. Leur langue originelle, le  Romani, leur a permis de transmettre oralement leur tradition. Mais cette langue a évolué au cours de leurs dispersions géographiques en de multiples dialectes empruntant la phonétique et la syntaxe des langues des pays dans lesquels ils se sont établis.  

 

Ce n'est pas la moindre de leur contradiction, perpétuellement chassé mais nomades dans l'âme, les Tsiganes ont toujours refusés de se laisser bridés dans des frontières qu'ils jugent abstraites. Ils ont su éviter de se laisser enfermer dans des réserves comme les indiens d'Amérique ou d'être, à quelques exceptions près, intégrés dans la société en étant sédentarisés.

 

Vivants sous des tentes précaires, puis pour certains dans des grottes dans les pays montagneux lorsque les intempéries les empêchaient de poursuivre leur voyage, l'imagerie populaire les a surtout représentés  voyageant dans des charettes légères tirée par des chevaux (les verdines dans l'argot franco-manouche), puis ensuite dans des roulottes, sorte de maisons mobiles et plus récemment des caravanes.

 

 

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    Ce mode de vie s'accompagnait de difficultés pour se nourrir. La chasse et la cueillette furent longtemps leur préoccupation. Passés maîtres dans l'art du braconnage, les Tsiganes préparent et mangent des animaux parfois inconnus des menus de Gadgés (les non-tsiganes) comme le hérisson (niglo), cuit entier dans de la glaisse afin que les piquants se détachent et libèrent la chair pendant la cuisson sur des pierres brulantes ou sur de la braise. Mais ils sont également friant de volailles d'ou leur réputation de voleurs de poules. Dans l'esprit

populaire, le Tsigane a une notion particulière du vol: il trouve, il prend, il mange. D'ailleurs, l'argot français a détourné le verbe romani  ciorav pour en faire une expression bien connu: chouraver. Tout cela n'aide pas à la compréhension des villageois.

 

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De tous temps, les pires excactions leurs ont été étaient reprochés, contribuant à leur faire reprendre la route avant l'arrivée des gendarmes. 

 

A cet égard, le monde a bien peu changé. Il y a certes des voleurs chez les

300 000 Français d'origine Tsiganes que compte la France, mais nous en comptons également chez des professions aussi honorables que les notaires, les huissiers, les banquiers, les policiers et notre personnel politique.

 

Aujourd'hui, les fontaines publiques sur la place des villages ont disparu, et les gens du voyages ont bien du mal en dehors des aires  de voyages mises à leur disposition à se ravitailler en eau. Nombre de communes ne disposent  d'ailleurs pas de ce type d'accueil imposé uniquement aux communes de plus de 5000 habitants. Il faut admettre que le manque de respect et les dégradations commises parfois par les utilisateurs n'aident pas, une fois de plus, à la compréhension commune.

 

Pourtant, les Manouches et les Gitans sont  citoyens Français et cela devrait éviter le rejet systématique au motif qu'ils ont un mode de vie itinérant.

 

A cet égard, il n'est pas inutile de rappeler que l'expression "gens du voyage" est une appelation administrative datant de deux Décrêts de 1912 et détachée de toute connotation ethnique. Elle concerne les Français ayant adopté un mode de vie nomade.

 

C'est la raison pour laquelle l'amalgame avec les familles Roms venues en France ces dernière années est une erreur, car ces derniers ne sont pas Français. C'est d'ailleurs pour cela que les Manouches n'aiment pas l'assimilation qui est faite avec ces familles roumaines.

 

Souvent chassés, il n'en demeure pas moins qu'il y a une chose qui a permis à certains de s'intégrer, c'est la musique.

 

 

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  Les Tsiganes sont connus comme joueurs d'instruments à cordes. Ce fut tout d'abord le violon, puis un autre instrument l'a rejoint: la guitare. 

 

La musique Tsigane est en faite originaire de Hongrie.

 

Au 19 ème siècle, une caste de Tsiganes s'est sédentarisée dans les grandes villes et elle s'est spécialisée dans l'interprétation de cette musique. Leur virtuosité et leur vélocité, la poésie qu'ils lui ont adjoint ont transfiguré cette musique.

 

Avec le virtuose Manouche, nous sommes loin de l'image du chapardeur, du profiteur, du voleur ou de celui qui colporte  des  maladies contagieuses.

 

Les Manouches ne savent ni lire ni écrire la musique. Ils n'apprennent pas à leurs enfants à jouer d'un instrument.

 

Par contre, dès son plus jeune âge, l'enfant écoute, observe et tente de reproduire, inlassablement, la musique jouée par ses ainés dans le campement.

 

Dès lors qu'il devient un bon musicien, il jouit  d'un prestige  considérable auprès des membres de sa communauté.

 

C'est aussi à partir de ce moment là qu'il devient fréquentable pour les Gadjés.

 

 

Olivier LE NIGLO

1er décembre 2013

 

 

 

 

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Published by Olivier LE NIGLO - dans Histoire et ethnologie
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perez 09/06/2015 01:56

https://www.youtube.com/watch?v=zD_nNKdxNvw

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