Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 22:58

 

    Famille de musiciens d'origine slave, les Ferret s'installent en France au début du 20e siècle. Sur les registres de la ville de Rouen, leur nom est orthographié Ferret au lieu de Ferré. Ne sachant pas écrire, la famille n'y porte pas attention. La bonne orthographe ne sera rétablie que lors de la naissance de Boulou Ferré en 1951.

    Les trois frères Ferret nés en France deviendront musiciens. L'aîné Pierre "Baro" Ferret, né en 1908, quitte Rouen pour Paris avec son instrument : une banduria (instrument à cordes de la famille des luths espagnols). 

    Il accompagne les accordéonistes des années 30-40 tel Gus Viseur. Puis, il accompagnera fidèlement Django Reinhardt au sein du « Quintette du Hot Club de France » entre 1935 et 1940. Ils enregistreront  ensemble près d'une centaine de titres. Excellent improvisateur, il supportait mal d'être le n° 2 derrière son ami Django.

    Après la guerre, il délaisse la musique pour ouvrir un bar Porte de Champerret, " La Lanterne", qui devient un lieu de rendez-vous pour des musiciens qui veulent faire "le bœuf"  ensemble,  tel Henri Crolla et plus tardivement son neveu Boulou.

    En 1960, sur la demande insistante de Charles Delaunay (auteur, critique musical, directeur de « Jazz Hot », producteur et manager du HCF) il enregistre chez Vogue un album intitulé :

 « Swing valses d'hier et d'aujourd'hui »

(réédité depuis par le label « Hot Club Records » de Jon Larsen).

   

    Sur ces traces son frère Sarane Ferret, il  accompagnera également des accordéonistes populaires au début de sa carrière et notamment le fameux Guérino.

    En 1931, il rencontre Django Reinhardt et prend goût au jazz. Il remplacera d'ailleurs celui-ci en 1939 au « Kilburn Theatre » de Londres en 1939, Django ayant préféré rejoindre Paris pour ne pas subir les bombardements allemands sur la capitale britannique.

    À la libération, il crée « Le  Quintette de Paris » qui concurrencera « Le Quintette du Hot Club de France » de Django Reinhardt.

    Bien que le plus célèbre des trois frères Ferret, Sarane n’a enregistré que peu de disques chez RCA. Ceux-ci sont désormais collectors.

    Le plus jeune frère, Pierre Jean "Matelo" Ferret est né en 1918. À 14 ans, il joue du banjo dans les bals avant d'être engagé par l'accordéoniste Émile Vacher pour remplacer Gusti Malha. Il rejoint ensuite l'orchestre « La boîte à Matelots ». Il abandonne le banjo pour la guitare, instrument plus adapté à la musique tzigane et au jazz qu'il aborde avec bonheur. Il sera également l'accompagnateur de la chanteuse Fréhel et guitariste lors de la projection des films muets de Buster Keaton dans les cinémas.

    En 1941, il rejoint le septuor à cordes de Michel Warlop. En 1942, il fonde, avec le violoniste Georges Effrosse, « Le Quartette de Paris », puis un nouveau sextette en 1943.

    Il sera également l'accompagnateur d'Édith Piaf puis de Charles Trenet durant plus de 10 ans et de Mouloudji avec lequel il enregistrera une version de « Mon pote le gitan » écrit par Jacques Verrières et Marc Heyral  à la mort de Django Reinhardt.

    En 1960, il enregistre les valses inédites de Django Reinhardt pour la firme Vogue. La même année, il joue avec Jo Privat  et Jacques Montagne sur le disque « Manouche Partie » qui deviendra un succès commercial.

    Mais sa véritable notoriété provient des valses gitanes qu'il a su si bien interpréter et de ses valses-swing à quatre temps préfigurant le be-bop.

    Musicien érudit, élégant et discret, il fut le premier professeur de ses fils Boulou et Élios, mais il s'est effacé  devant eux, gagnant sa vie dans les cabarets russes: « Le Shéh2razade » et « le Coq d'Or » notamment. 

    Il faut retenir que les trois frères Ferret ont contribué à la création du jazz  populaire de Paris, le swing musette de l'avant-guerre, mélange de swing, de musette et de mélodies populaires que les Américains ont appelé « Le French jazz ».

 

Olivier BLOCHET

Le 19 août 2022

 © Olivier Blochet   juin 2018

Extrait de "La Route du Jazz Manouche", Olivier BLOCHET -  Éditions La Comoé 2018 - 112 pages - 9,50 €

Commande possible : Olivier Blochet - 8 rue Principale 79290 BRION près THOUET ( 9,50 euros + 1,50 € de participation aux frais d'envoi)

 

LA FAMILLE FERRET, "UNE SAGA"
LA FAMILLE FERRET, "UNE SAGA"
Partager cet article
Repost0
23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 01:34
Joseph Reinhardt

Joseph Reinhardt

 

    Joseph Reinhardt, dit "Nin Nin", le frère cadet de Django Reinhardt est né le 1er mars 1912 à Paris.

    Frère dévoué, " le fidèle porteur de guitare, le pourvoyeur de cordes de rechange" (selon la fameuse formule de Charles Delaunay), membre à plein temps du « Quintette du Hot Club de France », accompagnateur de talent, capable de remplacer Django comme soliste lorsque celui-ci disparaissait dans la nature, et parfois même de se faire passer pour lui, Joseph a été l'accompagnateur fidèle et effacé de son illustre frère de 1933 à 1937.

    Mais, lassé de son second rôle, il se rebelle et prend son indépendance. On dit même qu'il en serait venu aux mains avec Django. Cette émancipation musicale le porte à enregistrer avec des pointures du jazz américain comme le saxophoniste Bill Coleman avant de faire partie du Grand Orchestre de Aimé Barrelli. Il rejoint ensuite l'Orchestre Jazz de Paris de Alix Combelle.

    En 1943, il enregistre sous son propre nom avec son ensemble auquel participe André Hodeir, mais il reviendra jouer avec son frère jusqu'à ce que celui-ci se retire à Samois-sur-Seine.

    Dès 1947, il est l'un des premiers guitaristes manouches à électriser son jeu dans « Le Hot Four » de Stéphane Grappelli, notamment sur le titre "Oui pour vous revoir".

    Il s'épanouit à mesure qu'il pratique le jazz moderne tout en observant l'émergence des nouveaux talents comme Jim Rainey et Wes Montgomery.

    À la mort de Django, en 1953, il abandonne la scène. En 1957, il revient à la guitare acoustique. Il tente alors d'achever la fameuse "Messe Gitane" de Django. À cette époque, il prend soin de laisser une chaise vide sur scène en souvenir de Django.

    En 1958, il tourne dans le film "Mon pote le Gitan" et enregistre la bande musicale du film en collaboration avec Jacques Verrières, son auteur.

    On entend souvent dire que son phrasé était moins sophistiqué que celui de son aîné. Ce n'est pas exact. Il suffit d'écouter ses enregistrements, malheureusement peu nombreux, pour voir en lui un brillant soliste, un arrangeur talentueux, mais aussi un compositeur original aux titres évocateurs: "Cumulus", "Mistral", "Triste mélodie", sans oublier "Mélodie au crépuscule", attribuée à Django mais dont il serait l'auteur. Selon les frères Ferret, "La mer" de Charles Trenet lui devrait également beaucoup ...

    Joseph Reinhardt est décédé en 1982.

 

Olivier BLOCHET

Extrait de "La Route du Jazz Manouche" - Éditions La Comoé 2018 - 112 pages - 9,50 euros

© Olivier Blochet – juin 2018

 

LE FRÈRE DE L’OMBRE  JOSEPH REINHARDT  1912- 1982
LE FRÈRE DE L’OMBRE  JOSEPH REINHARDT  1912- 1982
LE FRÈRE DE L’OMBRE  JOSEPH REINHARDT  1912- 1982
Partager cet article
Repost0
13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 02:27
Marcel Bianchi - 1911-1997

Marcel Bianchi - 1911-1997

 

  D'origine corse, Marcel Bianchi naît le 28 août 1911 à Marseille. À 7 ans, il apprend seul les rudiments de la mandoline avant de découvrir la guitare à 12 ans. Autodidacte, il joue dès 17 ans dans des orchestres qui ont l'habitude de se produire dans les bars du vieux port.

     Il découvre le jazz à la radio, mais également la guitare hawaïenne dont il deviendra l'un des meilleurs spécialistes mondiaux dont témoigne son impressionnante discographie  distribuée aujourd'hui encore.

    L'écoute des enregistrements de Django Reinhardt le décide de rejoindre Paris et la place Pigalle, lieu de rendez-vous des musiciens. De fructueuses rencontres lui permettent de jouer dans des endroits à la mode: « Le Bœuf sur le toit », « La Villa d’Este », « Le Don Juan », ou encore  « Le Joker ».

    Il participe ensuite à des séances d'enregistrements avec Django Reinhardt, Stéphane Grappelli au sein du « Hot Club de France ». Relégué à un rôle d'accompagnateur durant les tournées, il quitte la formation en 1938.

    Mobilisé dans les chasseurs alpins durant la Seconde Guerre mondiale, prisonnier en Allemagne, il s'évade, et il rejoint la France libre. Il reprend son activité de musicien aux côtés du pianiste Émile Stern entre Cannes et Nice. Il part en Suisse après l'occupation de la zone libre par les Allemands. Il enchaîne les concerts et les séances d'enregistrements dans un style très proche de Django, mais identifiable malgré tout en raison de son attaque plus vigoureuse sur sa guitare du luthier marseillais Carbonnel.

  À Bâle, il découvre une guitare à caisse avec un micro incorporé, inspirée de la Gibson de Charlie Christian auquel il voue déjà de l'admiration, comme en témoignent plusieurs enregistrements des années 50. Il l'achète ainsi qu'un lap-steel noir fabriqué également en Suisse.  Revenu en France à la fin de la guerre, il est le premier guitariste à jouer sur des guitares électriques. Il devient chef d'orchestre et anime des soirées dansantes à Paris.

     Patrick Saussois lui a rendu hommage en le publiant sur son label « Djaz ». On redécouvre dans ces enregistrements un musicien sensible, doué du sens du swing. L'influence de Django et de Charlie Christian est incontestable au début de sa carrière, mais l'on constate qu'il a su, ensuite, adopter un style propre et faire preuve d'éclectisme avec des incursions dans la musique latine, le boogie, la variété et même le rock.

    En effet, au début des années 50, il est sollicité pour accompagner des chanteurs à la mode: Bourvil, Tino Rossi, Luis Mariano. Il accompagnera Bing Crosby pour sa première apparition en France.

  Musicien dans les orchestres de Jacques Hélian, Franck Pourcel, il enregistre parallèlement sous son nom, ses guitar-boogies instrumentaux.

    Alors qu'il dirige un orchestre à Juan les Pins en 1959, il engage un jeune batteur, né en Égypte : Claude François.  

     Après des milliers de concerts durant les années 60 (Hollande, Allemagne, Japon et  États-Unis), son orchestre se sédentarise au « Carlton » de Cannes jusqu'en 1988.

     Il prend sa retraite  à Juan les Pins où il s'éteint le 23 novembre 1997 à 86 ans.

 

Olivier BLOCHET

Le 13 janvier 2022

Extrait de "LA ROUTE DU JAZZ MANOUCHE" - Olivier Blochet - Éditions La Comoé - juin 2018 - 9,50 euros 

© Olivier Blochet – juin 2018

 

 

 

 

 

 

MARCEL BIANCHI, UN INSTRUMENTISTE AVANT-GARDISTEMARCEL BIANCHI, UN INSTRUMENTISTE AVANT-GARDISTE
Partager cet article
Repost0
19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 18:10
Rachid Taha (photographie source Inrocks)

Rachid Taha (photographie source Inrocks)

Le chanteur Rachid Taha est né le 18 septembre 1958 à Saint-Denis-du Sig (devenu Sig), près d’Oran en Algérie.

En 1968, sa famille s’installe en Alsace, puis dans les Vosges. Élève dissipé, ses parents l’inscrivent dans un lycée catholique à Bruyère. Pour tromper son ennui, il écoute les chansons d’Oum Kalthoum, un moyen d’apprendre à écrire l’arabe et de parler l’arabe littéraire.

Après des études de comptabilité, il travaille à l’usine Thermix de Rillieux-La Pape. Il y rencontre les frères Hamed et Moktar Amini avec lesquels il forme le groupe  Carte de Séjour » qui sera rejoint en 1982 par le batteur Jérôme Savy. La même année, il ouvre une boîte de nuit « Au Refoulé » dans le quartier de La Croix-Rousse à Lyon. Incarnant la jeune génération des années 1980, le groupe participa notamment à la fameuse marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 organisée par divers mouvements antiracistes avant d’être étouffés par François Mitterrand par l’intermédiaire de la création SOS-Racisme.

Un premier album sort en 1984 intitulé « Rhorhomanie » prônant l’intégration et la tolérance des immigrés.

Mais, c'est en 1986 que la reprise de "Douce France", une chanson de Charles Trenet, que Carte de Séjour prend son envol commercial avec une version insolite avec oud, darbouka et congas. Carte de Séjour alla jusqu'à distribuer ce single aux députés à l'Assemblée nationale. Cette chanson fut aussi celle des meeting de la campagne présidentielle de Grançois Mitterrand en 1988. En 1989, le groupe se dissout et Rachid Taha entame une carrière solo avec la sortie en 1991 de son premier album : "Barbès".

Rachid Taha a toujours revendiqué une filiation musicale avec Cheikha Remitti dont il a repris dans ses albums des rythmes et des mélodies.

En 1998, il participe avec Khaled et Faudel  à "Un, deux, trois soleils, un album comprenant plusieurs titres qui deviendront des tubes comme "Ya Rayah", un hymne des immigrés algériens composé par l'idole du Chaâbi, Dahmane El-Harrachi (1925-1980). Lors de la réédition de cet album en 1999, le trio ajoutera deux titres supplémentaires, dont "Comme d'habitude" de Claude François.

En 2001, Rachid Taha reçoit sa première victoire de la musique.

En 2004, l'album "Tékitoi" est un succès, non seulement en France, mais également aux États-Unis grâce à la reprise de "Rock the Casbah" du groupe punk britannique The Clash.

En 2006, il confie au PARISIEN qu'il a enfin demandé la nationalité française. "Je n'avais pas fait la demande avant, par négligence. Autour de moi, tout monde l'a", expliquait-il.

En 2008, il interprète le rôle principal dans le court-métrage « Là où je pense » produit par Canal +, puis il publie son autobiographie : « Rock la Casbah » dans laquelle il intitule l’un des chapitres : "Algérien pour toujours, et français tous les jours". Toutefois, il y affirme n’avoir jamais demandé la nationalité française en mémoire de son oncle tué par les militaires français pendant la guerre d’Algérie. Plus tard, il dira ne pas vouloir de la nationalité française en expliquant sur le site Babal Med : « Non, c'est un snobisme de ma part. Quand je vois les gens qui ont la nationalité, mais restent des citoyens de seconde zone, je me dis, à quoi bon ? ».

Plus tard il avouera aux INROCKS que pourtant que cela aurait plus simple pour lui de devenir français : « Si je demande la nationalité française, ce sera aussi par amour, pour ne pas décevoir ma compagne quand elle me dit « Si on partait au Brésil demain »... « Moi, je ne peux pas partir au Brésil demain, j'ai besoin d'un visa ».

En 2013, il sort son neuvième album solo "Zoom", avec lequel il électrise Le Trianon à coups de sons traditionnels  et de métissages punk et jamaïcains, avant de faire une nouvelle tournée mondiale.

En 2015, il commence à écrire, en collaboration avec Kenzy Bourras, des musiques de films français et la même année il reçoit un trophée lors des « Victoires de la Musique » pour l’ensemble de sa carrière.

Mais derrière cette vie semée de succès musicaux de succès, Rachid Taha vit l’enfer. Il souffre d’une maladie génétique diagnostiqué en 1987, après qu’il ait  perdu de la force dans sa main droite.  Dans un entretien accordé à El Watan, le chanteur avait souhaité alerter et sensibiliser les gens quant à la maladie d'Arnold-Chiari, une malformation congénitale du cervelet. Il expliquait alors : "J'en ai marre que les gens me prennent pour quelqu'un de 'bourré' sur scène. Alors que ce sont les symptômes de la maladie d'Arnold Chiari. Je titube, car je perds l'équilibre. Je vacille. Cela génère un dérèglement dans le corps. (...) L'incontinence, un calvaire, la constipation et bien sûr le déséquilibre (...) C'est une maladie où l'on peut perdre la vue". Selon lui, ce syndrome venait de la consanguinité : "Mes grand-mères étaient sœurs. Elles portaient le même nomElles avaient le même père et la même mère. Et mon père s'est marié avec sa cousine. [...] Arrêtez de vous marier entre vous !"

Malgré cela Rachid Taha poursuit sa carrière.

Rachid Taha meurt dans son sommeil dans la nuit du 12 au 13 septembre 2018 aux Lilas (93), des suites d’une crise cardiaque alors qu’il s’apprêtait à sortir chez Believe un nouvel album, dont le premier morceau devait s’intituler « Je suis africain ».

Dès l’annonce de la triste nouvelle, les hommages ont afflué sur les réseaux sociaux, tous saluent la grande figure de la France Black-Blanc-Beur, du rock teinté de punk et du raï des années 1980.

 Il a été enterré au cimetière Sidi Bensiame à Sig lors d'une cérémonie "modeste et conviviale", selon les mots de sa femme Véronique, mais réunissant toutefois une foule immense d'admirateurs.

La discographie de Rachid Taha mérite d'être revisitée tant certains de ces titres sont dans la mémoire collective sans pourtant lui être toujours associés.

 

Olivier BLOCHET

Le 15 mars 2021

© Olivier Blochet – 15 mars 2021

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 23:50
Kendji Girac (photo droits réservés)

Kendji Girac (photo droits réservés)

Kendji Girac, de son vrai nom Kendji Maillé, Girac étant le nom de sa mère,  est né à Périgueux le 3 juillet 1996. Il a grandi dans une communauté gitane d’origine catalane dans laquelle les valeurs telles que le partage, la musique et la famille sont primordiales à ses yeux.

Il a grandi « en caravane », l’été sur les routes, l’hiver sédentarisé en Dordogne comme de nombreuses familles appartenant à la communauté des gens du voyage. À l’instar de son père, il devient élagueur, un métier difficile, mais depuis l'âge de 13 ans, son instrument de prédilection est la guitare apprise auprès de son grand-père ferrailleur. L’été 2013, Kendji interprète une version gitane de « Bella » de Maître Gims. Son oncle le filme et poste la vidéo sur YouTube. Le succès de cette interprétation (300 000 vues en 72 heures et 2 millions de vues comptabilisées en 10 jours) lui donne une notoriété qui lui permet d’être repéré par la production de The Voice. Il passe le casting avec succès, mais lors des sélections à l’aveugle, seul le coach Mika se retourne. C’est le début d’une aventure qui met en valeur le talent du jeune homme de 18 ans. Après avoir franchi toutes les étapes du télé-crochet, il en remporte la saison 3.

Le 14 juin 2014, Kendji Girac sort son premier EP, incluant le titre « Color Gitano », qui deviendra chanson de l’année. Sont également présentes quatre reprises : « Bella » de Maître Gims, « Toi et moi » de Guillaume Grand, « Ma philosophie » d'Amel Bent et « Tous les mêmes » de Stromae. Son style musical est influencé par le flamenco.

Les fans n’auront pas à attendre longtemps son premier album, intitulé « Kendji », qui sort le 8 septembre 2014. Classé no 1 des ventes en France avec plus de 68 000 exemplaires écoulés en première semaine, Kendji réalise le meilleur démarrage de 2014 pour un disque original. L’album reste no 1 durant 12 semaines et se vend finalement à plus d'un million d'exemplaires, entrant ainsi parmi les 19 albums français vendus à plus d'un million d'exemplaires depuis l'an 2000. Un succès qui se concrétise avec une récompense aux NRJ Music Awards 2014 par deux prix : « révélation francophone » et « chanson francophone » de l'année pour «Color Gitano ».

 

Après avoir enregistré une version française de « One last time » avec Ariana Grande, il effectue en 2015 une grande tournée en France et passe également par Genève et Bruxelle. Il termine l’année sur un nouveau succès lors des NRJ Music Awards 2015, son titre « Conmigo » recevant le trophée de la Chanson française de l'année. Dans les jours qui suivent, il sort un nouveau single, « Me Quemo », annonciateur de son second album, « Ensemble », publié le 30 octobre 2015 dont il vend 101 200 exemplaires en une semaine. Cet album réalisera au total 850 000 exemplaires vendus, soutenus par des titres comme « Les yeux de la mama », « Tu y yo », ou encore « No me mires màs » en duo avec Soprano.  Au printemps 2016, il effectue une tournée des Zéniths et rejoint la troupe des Enfoirés.

 

Puis, Kendji choisit de se ressourcer un an auprès de sa famille pour éviter de lasser son public.  Après un an d'absence,  il annonce en avril 2018 son retour musical en dévoilant son nouveau titre « Maria Maria », premier extrait de son nouvel album, « Amigo » dont la sortie est prévue pour le 31 août suivant. Sans surprise, le succès est immédiat malgré une incursion ratée dans le rap.

En 2020, son nouveau titre « Habibi », écrit par Slimane, lui permet de revenir à ses racines musicales en mêlant la culture gitane teintée de musique orientale. Ce 4e album paru en octobre 2020 s’intitule « Mi Vida ». On y découvre des collaborations avec   Vianney et Gims.

 

Associant habilement les musiques gitane, catalane, flamenca avec un son électronique, sa musique gipsy pop lui a donné une très large audience auprès de publics différents, lui permettant de rejoindre les grands noms de la musique gitane en France.

 

 

Olivier Blochet

Le 12 janvier 2021

 

© Olivier Blochet – 12 janvier 2021

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 08:50
ELEK BACZIK, UN MUSICIEN DANS LA NUIT.

Elek BACZIK

1926 - 1993

 

    Tzigane né en Hongrie, Elek Baczik a appris le violon au conservatoire avant de s’initier à la guitare.

    Guitariste de folklore local, il quitte la Hongrie en 1949 et transite par l'Autriche, la Suisse, le Liban avant de rejoindre « Le trio Carosonne » en Italie. Il y tient la contrebasse, le violon et la guitare. Chaque expérience lui permet d'enregistrer de nombreux 78 tours aujourd'hui oubliés.

    En 1957, il part en Espagne puis au Portugal avant de rejoindre Paris en 1959 ou il entame une vraie carrière de jazzman notamment avec le pianiste sud-africain Art Simmons, puis avec Kenny Clarke, Dizzie Gillepsie, Lou Bennett, Quincy Jones. Sideman pour des artistes français comme Serge Gainsbourg, Claude Nougaro, Jacques Higelin, Jeanne Moreau ou encore Barbara, sa notoriété grandie et est renforcée par ses interprétations de « Blue rondo a la Turk » et de « Take five » qui devinrent des tubes à la radio française.

    Tzigane itinérant dans l'âme, il entame une carrière aux États-Unis en 1966, multipliant les collaborations (premier violon d'un ensemble traditionnel hongrois, Tony Bennett, Andy William, Elvis Presley), sans sortir de l'anonymat et surtout sans devenir une star du jazz malgré son phrasé inimitable.

    On retient de lui son aisance et son éclectisme (violon, guitare, contrebasse), sa gentillesse et son goût du voyage qui l'ont sans doute privé d'une très grande carrière.

    Une tentative de retour sur le devant de la scène fut stoppée par un accident vasculaire cérébral, suivi d'un cancer.

    Affaibli, il meurt à Glenellyn (Illinois) le 14 février 1993.

 

 

Olivier BLOCHET

Le 31 octobre 2019

 

Cet article a fait l'objet d'une première parution sur le blog en 2015

 

 

Pour ceux qui veulent mieux connaître ce musicien exceptionnel, je recommande le remarquable ouvrage de sa fille Balval Ekek :

 

Elek Bacsik, Un homme dans la nuit, paru chez Jacques Flament Éditions - 194 pages 15 euros

 

La discographie d'Elek Baczik est importante au regard du nombre d'enregistrements en qualité de musicien de studios, de ses participations et des albums paru sous son nom. Les albums indispensables sont :  

- The electric guitar of the eclectic Elek Baczik (Fontana 1962)

- Elek bacsik - Best of ( Djaz Records)

- Guitar Conceptions ( LP Fontana 1963)

 

 

© Droits réservés – Olivier Blochet - octobre 2019 

 

 

ELEK BACZIK, UN MUSICIEN DANS LA NUIT.
Partager cet article
Repost0
26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 07:35
Steeve Laffont

Steeve Laffont

   

 

      Steeve Laffont est issu d'une famille Sinti-Piémontaise, aujourd'hui installée près de Perpignan.

 

    A 6 ans, il commence à apprendre le piano. Il a 9 ans lorsque Mario Petrucciolison oncle, lui offre sa première guitare et lui donne les bases. Bien que sans notion de solfège, Steeve Laffont apprend en autodidacte les harmonies et les rythmes en écoutant les standards de Django Reinhardt.

    Plutôt réservé, il prend l'habitude de jouer avec ses cousins, Rudy Rabuffetti à la pompe, lequel est également luthier, et Serge Oustiakine à la contrebasse, sans avoir la prétention de faire de la musique sa profession.

    En 2005, une rencontre leur permet d'enregistrer un premier album intitulé « Sré Kidjalès », suivi d'un début de notoriété.

    En 2008, il rejoint le projet « Latchès » aux côtés de Yorgui Loeffler, Chriss Campion et Gino Roman.

    Les concerts s'enchaînent et Steeve Laffont est invité à jouer avec les plus grands guitaristes du jazz manouche. Parallèlement, il compose de manière inspirée par le jazz moderne.

    La sortie de son album "Swing for Jess" en 2009 reçoit un très bon accueil critique.

    A l'occasion du centenaire de la naissance de Django Reinhardt, « Le Chant du Monde » demande à Raphaël Faÿs de concevoir un hommage musical. Celui-ci décide de proposer un album ne comprenant que des compositions de Django, et il choisit, pour être à ses côtés sur cet album, deux guitaristes représentatifs de la nouvelle génération. Ce seront Steeve Laffont et  Yorgui Loeffler.     

    La consécration arrive lors de l'édition du Festival de Marciac en 2010. Après avoir dédié la soirée aux gens du voyage, Steve Laffont, Rudy Rabuffetti, Serge Oustiakine et Costel Nitescu (violon) font preuve de générosité et de virtuosité en jouant un swing endiablé qui leur vaut,  à la fin du concert, l'ovation de 7000 personnes.

    En 2012, Steeve Laffont délaisse la guitare de type Selmer pour passer à, la guitare jazz électrique, et il transforme le trio initial en quintette. Il propose un jazz moderne et inspiré sans pour autant oublier ses premières amours.

    En peu d'années, Steeve Laffont s'est imposé comme l'un des guitaristes du genre, alliant l'une des meilleures maîtrises techniques au service de son d'audace et de son originalité.

 

 

Olivier BLOCHET

Le 26 avril 2019  

 

(Cette chronique fait suite à une publication du 15 novembre 2015 entièrement réécrite pour son insertion dans le livre "LA ROUTE DU JAZZ MANOUCHE"  - 212 pages Editions La Comoé, 2018 - 9,50 euros)

 

© Droits réservés – Olivier Blochet - avril 2019 

 

 

Discographie

 

-Sré Kidjalès – Plus Loin Musique 2005

-Latchès – Universal 2008

-Swing for Jess – Le Chant du Monde / Harmonia Mundi 2009

-Live in Marciac – Le Chant du Monde / Harmonia Mundi 2010 (cd+dvd)

-Django et rien d’autres – avec Raphael Fays et Yorgui Loeffler – Le Chant du Monde 2010

-New Quintet – Le Chant du Monde / Harmonia Mundi 2012

- Enamoromaï – L'autre distribution 2016

- Night in Corsica – Christal Records / Pias 2019

 

Le livre dont est extrait cette chronique peut être commandé auprès de l'auteur au prix de 9,50 euros + 1,50 euros pour participation aux frais d'envoi, soit 11 euros à  : Olivier Blochet - 8 rue Principale 79290 BRION PRES THOUET. Dédicace sur demande lors de la commande.

Le livre dont est extrait cette chronique peut être commandé auprès de l'auteur au prix de 9,50 euros + 1,50 euros pour participation aux frais d'envoi, soit 11 euros à : Olivier Blochet - 8 rue Principale 79290 BRION PRES THOUET. Dédicace sur demande lors de la commande.

Partager cet article
Repost0
9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 19:03
René Mailhes

René Mailhes

 

René Mailhes est né en 1935 dans une famille de musiciens manouches.

Alors que son frère lui fait découvrir Charlie Parker, Duke Ellington, Coleman Hawkins ou encore Sydnet Bechet, il décide de devenir musicien de jazz. A 14 ans, attiré tout d’abord par le saxophone et le piano, il commence à apprendre à jouer sur la Buzzato de son frère, et comme la guitare est une seconde nature dans la famille de sa mère, il prend des cours chez son oncle René "Challin" Ferré.  

A 17 ans, avec son ami Laro Solero, ils jouent les intermèdes musicaux avant les séances de cinéma. A 18 ans, les deux jeunes guitaristes découvrent le Paris du jazz – rive gauche  et ses boites : Le Club Saint Germain, le Tabou, le Blue Note. Ils deviennent semi-professionnels mais sans guère de succès tant le   répertoire bebop de Charlie Parker est éloigné des compositions de Django Reinhardt que le public attend de la part de musiciens manouches.

 C’est en 1954 que René Mailhes fait la connaissance du grand guitariste belge  René Thomas, avec lequel il partage  la passion du jazz américain et du Be bop.

En 1958, devenu musicien professionnel, René Mailhes  part en Allemagne avec son cousin Sarane Ferré pour jouer sur la Kurfürstendamm, l’avenue des « Champs  Elysées » de Berlin Ouest.

Puis De 1961 à 1963, devant la déferlante du rock& Roll et de ses dérivés yéyé qui deviennent le  marché florissant de la musique pour adolescents, il joue   avec « Les Glenners » de Glenn Jack ( le pseudonyme de Jacques Verrière -  parolier et chanteur, auteur de « Mon pote le gitan », chanson hommage à Django Reinhardt, interprétée notamment par Mouloudji et Yves Montant). Les Glenners sont constitués également de Babik Reinhardt et de Laro Solero entres autres. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous, les critiques considérant que leur son est trop jazz ! Cela n'empêche pas le  groupe de tourner un scopitone sur l'esplanade du Trocadéro sous la direction du jeune et encore inconnu Claude Lelouch.

A cette époque, il accompagne également le rocker Teddy Raye, puis le groupe " les Gambiers ", groupe de R & B dont Claude François est encore le batteur. Il devient, un temps, le guitariste de Frankie Jordan, dont Sylvie Vartan faisait les chœurs. A cette époque, il refuse de rejoindre l’orchestre d’Eddy Mitchell, qu'il juge trop rock pour le musicien de jazz qu’il est. 

Ensuite, René Mailhes met  sa carrière de musicien entre parenthèses pour élever ses enfants. Il travaille durant quinze ans comme ferrailleur avec l’un de ses oncles tout en continuant à jouer pour le plaisir. Mais en 1983, la nostalgie de la musique le rattrape et le besoin de jouer du jazz en public lui fait quitter un travail pourtant rémunérateur.

Il forme un trio avec George Ketcli et Dominique Lemerle. Puis, il joue  avec Gilles Clément et enfin Michel Perez.

Parallèlement il travaille sur un projet d’enregistrement. Mais il lui faut attendre 1995  pour qu’il sorte enfin un premier album inspiré par les Jazzmen américains. D’ailleurs, la Selmer est absente car René Mailhes est un adepte du son clair de la Gibson. Son style est fluide, sans le  déluge de notes propre au jazz manouche. René Mailhes est précis, chacune de ses phrases apportant la preuve de sa grande connaissance des harmonies du bebop, inspirées par Dexter Gordon et Duke Ellington.

De 1992 à 1998, il enseigne la musique parallèlement à sa vie de musicien de scène.

Aujourd’hui, à 83 ans, René Mailhes continue de se produire sur scène,  n’ayant jamais perdu sa passion du jazz.

 

Olivier Blochet

Le 9 février 2018

© Droits réservés – Olivier Blochet - février 2018 

 

DISCOGRAPHIE

 

1995 : Gopaliné

1998 : Gitrane

2005 / Carrément

2008 : Chtildo

 

 

 

RENE MAILHES - UNE EMINENCE GRISE DE LA GUITARE JAZZ
RENE MAILHES - UNE EMINENCE GRISE DE LA GUITARE JAZZ
RENE MAILHES - UNE EMINENCE GRISE DE LA GUITARE JAZZ
RENE MAILHES - UNE EMINENCE GRISE DE LA GUITARE JAZZ
Partager cet article
Repost0
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 08:20
RICAO : LA MAGIE GITANE

RICAO BISSIERE est le fils du grand chanteur et guitariste Gitan Manolo. Gamin, il suit son père dans ses tournées et il s’imprègne du rythme et du chant. Très vite ses doigts adoptent le manche d’une guitare. Il faut dire que dans la famille, la guitare est le pivot central de la vie entre son père et son grand-oncle Manitas de Platas.

Ricao fait parti du patrimoine musical camarguais, cette Camargue qui l’inspire, celle qui nourrit chacun de ses disques. Auteur, compositeur, interprète et guitariste talentueux, il fréquente de nombreux festivals et lieux de pèlerinages, dont les Saintes Marie de la Mer au mois de mai et la Féria de Nîmes.

Mais en marge de son succès régional, Ricao  assure des concerts dans d’autres régions et à l’étranger, notamment en Suisse, en Allemagne, Monaco etc.…

Ricao a participé à plusieurs albums vinyles - quasi introuvables aujourd'hui - avec Manolo, puis en leader avec son premier album  "Vent de Camargue" en 1988. Chacun de ses nombreux albums témoigne de son amour de la rumba catalane, des  traditions, de la Camargue et de la famille.

 

Vent de Camargue - 1988

Vent de Camargue - 1988

Son talent s’exporte dans le monde entier, des Etats Unis au Japon, mais il n’a pourtant jamais souhaité franchir les frontières de l’Europe car comme Manolo, il considère que  « Les avions sont faits pour les oiseaux et les bateaux pour les poissons. Moi je vais là où mes pas peuvent me porter pour pouvoir être sûr de revenir » dit-il.

 

Olivier Blochet

Le 23 décembre 2016

© Droits réservés – Olivier Blochet - décembre 2016

RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
RICAO : LA MAGIE GITANE
Le dernier CD de Ricao : " La Magie Gitane " - 2015

Le dernier CD de Ricao : " La Magie Gitane " - 2015

Partager cet article
Repost0
21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 07:08
Manitas de Plata et son frère Hyppolite BaliardoManitas de Plata et son frère Hyppolite Baliardo

Manitas de Plata et son frère Hyppolite Baliardo

Hommage de Laurent Navarro à Manitas de Plata

Hommage de Laurent Navarro à Manitas de Plata

La famille Baliardo est l’une des familles gitanes les plus emblématiques de Montpellier.

Nous avons déjà croisé Ricardo Baliardo dans une chronique précédente, plus connu sous le nom de Manitas de Plata, surnom qui lui fut donné dès son plus jeune âge devant sa dextérité à jouer de la guitare. Mais Manitas n’était pas le seul musicien de la famille et au risque d’oublier un fils, un frère ou un cousin, cette chronique va tenter de démontrer que la saga n’est pas terminée.

Manitas est le frère ainé d'Hippolyte. Au début, la musique n’est pour eux qu’une distraction traditionnelle destinée à être jouée lors des fêtes familiales ou lors du pèlerinage aux Saintes Marie de la Mer. Puis, ils forment le groupe « Los Baliardos » avec leur cousin José Reyes et Manero, le premier fils de Manitas. José est un chanteur exceptionnel et Manero est à la fois chanteur et guitariste. Ils jouent à la terrasse des cafés sans compter faire une carrière professionnelle. En musique Flamenca, le guitariste est en principe au service du chanteur, mais Manitas est soucieux de son image et de sa propre mise en scène. C’est ainsi qu’il est remarqué par le photographe Lucien Clergue, natif d’Arles et ami de Pablo Picasso. Clergues prend quelques clichés et lors d’une exposition à New York, une photographie de Manitas attire l’attention d’un visiteur qui a entendu jouer le groupe. Il en parle à un producteur américain, lequel demande au photographe de faire venir Manitas à New York. De retour à Perpignan, Clergues fait part de cette proposition à Manitas mais celui-ci n’y accorde pas plus d’intérêt que cela. D’ailleurs, Clergue n’a pas de nouvelle du producteur. Toutefois, un an après, le producteur américain se présente à Perpignan et propose de produire un enregistrement de quelques titres.

Le disque est un succès aux Etats Unis et Manitas de Plata commence une tournée triomphale par le Carnegie Hall, alors que cette salle est souvent celle de la consécration des artistes, après une longue carrière.

Hyppolite fera cette tournée mais ensuite par peur de l’avion, il n’accepte plus que des contrats qu’il peut honorer en voyageant en voiture ou en train. S’il n’a pas connu une ascension médiatique aussi extraordinaire que son frère, il est reconnu pour son touché exceptionnel et pour avoir introduit et imposé au monde gitan français de Perpignan à Arles la rumba catalane. Cette musique est née dans le quartier gitan de Barcelone du mariage de la rumba flamenca – à l’origine une musique de danse dérivée de la Guaracha cubaine et pratiquée par les Gitans Andalous depuis le 18ème siècle – et de rythmiques audacieuses empruntées à la rumba cubaine et au mambo. Depuis, cette musique est devenue traditionnelle dans le sud de la France. Comme son frère Manitas, il fut un ami de Pablo Picasso. Celui-ci lui offrit deux toiles que sa femme s’empressa de brûler tant elles lui paraissaient laides !

Hyppolite vivait dans un appartement de la cité Gely à Montpellier.Il est décédé le 27 mai 2009 à 80 ans.

Comme leur père, les fils d’Hyppolite Baliardo, Ninõ, Bébé, Bambo et Nanasso, sont les représentants incontournables de l’identité musicale gitane.

Le plus célèbre des fils d’Hyppolite est Bruno, dit Nino, né le 19 juin 1961.

Nino BaliardoNino Baliardo
Nino Baliardo

Nino Baliardo

Enfant,  il est si doué pour la guitare qu’il enregistre à 9 ans son premier disque « Prince de Camargue » chez CBS sous le nom de Nino de Suerte. Ce disque devient disque d’or. Enfant, il passe des vacances dans la maison de Picasso. Son chant semble inspirer le maître. Il dira "Picasso, il a dessiné un matador et un cheval sur la guitare, mais à l'époque je n'ai pas fait attention et je l'ai cassé".

Nino a été remarqué par les plus grands, de Paco de Lucia à Camaron de la Isla et il se produira en première partie des concerts de son oncle Manitas à l’Olympia à Paris comme sur les plus grandes scènes internationales. Il devient ainsi l’un des acteurs du renouveau populaire de la musique gitane.

Afin de perpétuer la tradition familiale, il fonde au début des années 80, en compagnie de son cousin Nicolas Reyes (fils aîné de José Reyes), « Les Gipsy Kings » qui comprennent alors Tonino Baliardo, Diego Baliardo, "Patchaï" Reyes, Paul "Pablo" Reyes et Chico. Le rythme des guitares flamencas du groupe s’exportent dans le monde entier. Le groupe devient n° 1 aux Etats Unis notamment  avec de grands succès planétaires comme « Jobi Joba», « Bamboléro » et bien d’autres,  écrits collectivement. Cette vague musicale est porteuse d’un message de joie de vivre et les Gypsy King vendent plusieurs millions d’albums. Ils ne cessent de tourner dans le monde entier. Nino quitte le groupe à la suite de divergences artistiques.

Aujourd’hui, Ninõ Baliardo, surnommé « l’Ouragan », est assurément l'un des derniers grands spécialistes du Cante Jondo, un « chant profond » dans un style très primitif et dramatique du chant flamenco andalou qui nécessite une profonde sensibilité et de grandes capacités expressives.

En 2009, Nino et Bébé (David) Baliardo ont enregistré un album dans un petit studio proche de Montpellier, afin de retrouver une authenticité musicale. Cet opus intitulé "Picasso" est un vibrant hommage à leur père, à la rumba catalane et au peintre Picasso, et bien sûr,  porté par des rythmes gitans endiablés.

 

 

couverture du dernier cd de Nini Baliardo & Gipsy Dynasty  (Le Chant du Monde 2011)

couverture du dernier cd de Nini Baliardo & Gipsy Dynasty (Le Chant du Monde 2011)

Un autre fils d’Hyppolite à fait son chemin, il s’agit de Jean-Pierre Cargol dont la carrière commença à 12 ans par un grand rôle au cinéma sous la direction de François Truffaut. Alors que celui-ci prépare son nouveau film intitulé : « L’Enfant Sauvage », Jean François Stevenin, alors régisseur, repère le jeune Jean-Pierre dans un camp de gitans près de Montpellier. Ses parents acceptent le tournage mais Jean Pierre est chaperonnée par sa mère durant toute sa durée. Afin d’être au calme, François Truffaut tourne le film dans la propriété d’un amis, à Aubias situé dans le puy-de-Dôme. On se souvient que "L'Enfant Sauvage" est l'histoire d'un enfant, capturé comme un animal par des paysans, et amené au docteur Itard à Paris. L’enfant sauvage semble être sourd et muet et le monde scientifique le considère comme un attardé abandonné par ses parents pour cette raison. Toutefois, le docteur Itard, interprété par Truffaut, considère que le retard mental de l’enfant est consécutif à son absence de contact avec les hommes. Il lui apprend le langage et le quotidien d'une vie d'enfant afin de le faire émerger de sa primitive animalité. L’enfant sauvage, auquel le médecin a donné pour nom Victor, acquiert peu à peu une humanité touchante. Le film sort en février 1970 et il reçoit un triomphe. Jean Pierre Cargol connait la notoriété fugace des enfants du cinéma : il ne tournera aucun autre film. Par contre, Jean Pierre n’échappe pas à la guitare et il devient   « El Rey », "un roi sans couronne, ni royaume" comme il se plait à le dire. Il a longtemps animé les nuits de « La Camargue » un restaurant people situé à Aigues-Mortes, avec son groupe flamenco également nommé « La Camargue ». Il a fait quelques émissions de Pascal Sevran et surtout de Patrick Sébastien pour lequel il a composé un générique. Parfois, il rejoint «Chico et les Gypsy». A lui aussi Picasso avait offert des dessins. Ceux-ci, à l’exception d’un seul, ont fini dans le caniveau après avoir été pliés pour en faire de petits bateaux !

 

 

affiche de "L'enfant sauvage" de François Truffaut et Jean Pierre Cargol et Kéma en concertaffiche de "L'enfant sauvage" de François Truffaut et Jean Pierre Cargol et Kéma en concert

affiche de "L'enfant sauvage" de François Truffaut et Jean Pierre Cargol et Kéma en concert

Bambo Baliardo a été l’accompagnateur de Manitas pendant plus de 30 ans. Il a enregistré également quelques disques.

Nanasso (Jean marc ) Baliardo a hérité de la fièvre musicale gitane. Il partage son temps entre les concerts, sa participation au « Gipsy Dynasty » et aux cours de guitare qu’il dispense dans le quartier Figuerolles de Montpellier.

 

 

Bambo Baliardo et Nanasso BaliardoBambo Baliardo et Nanasso Baliardo

Bambo Baliardo et Nanasso Baliardo

Kéma (Christophe) Baliardo

Kéma (Christophe) Baliardo

À ce jour, il ne reste plus qu'un seul héritier direct de Manitas : son plus jeune fils Fernando. Son petit-fils Christophe Baliardo, dit Kéma, guitariste virtuose, joue dans plusieurs formations et il est notamment le soliste du groupe Gitan  « Chico et les Gypsies ».

 

Olivier Blochet dit Le Niglo

Le 19 février 2016

 

© Droits réservés – Olivier Blochet - février 2016 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LE BLOG DE OLIVIER BLOCHET
  • : Vous trouverez sur mon blog : mon actualité d'auteur avec mon programme de dédicaces et mes participations aux salons du livre, mes chroniques littéraires, mes chroniques noires, mes brèves, mes interviews d'auteurs, mes conseils de lectures, mes chroniques sur les Tsiganes, celles sur les musiciens de jazz. Toues mes chroniques sont protégées par un copyright et les dispositions légales sur la liberté d'expression.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens