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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 10:03
LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES

Le 27 janvier 1945, il y a donc 70 ans, l’armée Soviétique libérait le camp d’Auschwitz-Birkenau.

Alors que les télévisions diffusent des reportages, des films, et des interviews sur cette horrible période pour symboliser le génocide des Juifs, il me paraît important de rappeler que ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tziganes du Grand Reich.

Les Tziganes sont une nouvelle fois les grands oubliés des commémorations.

Vous trouverez, dans cette chronique, quelques extraits de mon livre « LES TSIGANES DE FRANCE OU L’HISTOIRE DES ETERNELS ETRANGERS » dans lequel je traite du sort des Tziganes sous l’Allemagne nazie dans le chapitre « La seconde guerre mondiale ou le génocide oublié ».

Extraits

" Dès 1933, quand les nazis arrivèrent au pouvoir en Allemagne, ils commencèrent par interdire les mariages mixtes entre Allemands et Zigueuners (Tziganes). Ces derniers furent désignés sous les vocables de « fléau », « vermine », « sous hommes ».

En 1936, Himmler, Chef de la police, envoya quatre cents Zigeuners au camp de Dachau.

Au début du mois de janvier 1940, deux cent cinquante enfants Tziganes serviront de cobayes pour tester le zyklon B, un gaz mortel qui sera ultérieurement utilisé dans les chambres à gaz. Puis le 30 janvier 1940, ce sont 30 000 Zigeuners qui sont « déplacés » et répartis dans différents endroits pour servir de main d’œuvre dans des conditions de vie précaire.

Le 16 décembre 1941, Himmler ordonna la déportation des Tziganes en Pologne, dans la petite ville industrielle d’Auschwitz. Le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau était conçu pour « accueillir » deux cent mille personnes. Lorsque les convois sont complets, ceux qui ne peuvent pas monter dans le train sont fusillés sur place.

Dachau, Ravensbrück, Buschenwald, Litzmannstadt, Bergen-Belsen, Sachsenhausen, Mauthausen, Lager-Lackenbach, Natzweille-Struthof, Auschwitz-Birkenau, autant de noms auxquels seront associées les horreurs du génocide Tzigane.

Chaque camp était divisé en « quartiers » : déportés juifs, déportés Tziganes, déportés politiques ne se croisaient pas. Cette population sera tout d’abord décimée par le typhus, le scorbut, la diarrhée, la gangrène de la face, la variole, et une varicelle ressemblant à la peste bubonique. Pour satisfaire aux exigences de la Croix Rouge, chaque camp est doté d’un hôpital de fortune, mais dans les faits, la mission des médecins se limitait à dénombrer les décès. Les plus résistants à ces conditions inhumaines de vie empruntèrent pratiquement tous le même chemin, celui des fours et les bûchers.

Dès 1942, en Europe centrale et Balkanique, la même politique génocidaire fut appliquée. En Croatie, pays allié à l’Allemagne, les Oustachis massacrèrent des résistants Serbes, des Juifs ainsi que plus de 50 000 Tziganes pour raisons raciales ou religieuses. Dans les pays Baltes, l’extermination est menée sur place par les Einsatzgruppen (unités mobile SS d’extermination), dans les territoires occupés tels la Lettonie, la moitié de la population Roms est exterminée, plus de 90 % de celle-ci est décimée en Estonie et en Lituanie. Puis, ce sera le tour des Tziganes de Pologne d’être massacrés par les fascistes Polonais. Ceux de Belarus, de Russie blanche subiront également la folie meurtrière des nazis. Les fascistes Ukrainiens pratiqueront également des massacres à grande échelle : les adultes sont fusillés, les enfants en bas âge sont fracassés contre des arbres et de nombreux témoignages font état de l’utilisation de chambres à gaz mobiles.

La Roumanie ne pratiqua pas l’extermination systématique, mais elle expulsa plus de 20 000 Tziganes dans des régions déshéritées où ils devaient mourir de faim, de maladie ou de mauvais traitements.

Plusieurs centaines de milliers de Tziganes sont morts en déportation.

Il faut bien dire qu’aucune voix ne s’est élevée, la mise en œuvre d’une solution finale touchant les Tziganes avait déjà eu lieu à plusieurs reprises dans leur histoire passée.

Les témoignages qui nous sont parvenus font état que les Tziganes n’ont cessé de chanter dans les camps pour alléger leurs souffrances. Il faut dire que les nazis leur avaient laissé leurs instruments de musique et les SS repéraient les meilleurs pour animer les soirées du Feldgénéral. Ces années ont probablement teintées leur musique d’une tonalité plus profonde, comme le blues en son temps avait teinté les musiques africaines traditionnelles durant l’esclavage aux Etats-Unis.

…/

L’application de la « solution finale » se traduit en 1943 par la déportation de milliers de Tziganes dans les camps de Ravensbrück, Mauthausen, Belgen-Bergen, Buchenwald, Dachau et au tristement célèbre camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

Dans ce dernier, 38 casernements sont réservés aux Tziganes. Le potentat du camp se prénomme Josef. Pour les enfants du camp, il est l’oncle Pépi, celui qui leur offre des friandises. Il est aussi le Docteur Mengele, incarnation du mal absolu, celui qui se livre à des expériences terribles : stérilisation massive, injection de virus, notamment la malaria, et autres atrocités. Les conditions d’hygiène sont telles que les épidémies de typhus exanthématique et de gale surinfectée causent des milliers de morts.

Alors que le IIIème Reich s’effondre, Himmler prend la décision, le 1er août 1944, de gazer les Tziganes survivants. A Auschwitz, l’oncle Pépi offre une dernière friandise aux enfants avant de les accompagner jusqu’aux fours crématoires.

Cette nuit là, plus de 29 000 Tziganes allemands et autrichiens furent gazés et incinérés, pendant qu’une lueur sinistre provoquée par les flammes des cheminées des crématoriums n° 1 et n° 2 éclairaient le camp.

Les Tziganes qui se souviennent de cette nuit meurtrière l’appellent « zigeunernach » : « la nuit des Tziganes ».

…/…

Entre 1939 et 1945, entre 200 000 et 1 500 000 Tziganes ont été exterminés. Après le conflit mondial, les experts gouvernementaux procéderont par recoupement pour faire état de la mort de 800 000 Tziganes. Mais peu importe la variation d’une amplitude aussi grande puisque les chiffres ont peu d’importance au regard du silence général qui a suivi le crime.

Les nazis lors du procès de Nuremberg ont prétendu que la présence des Tziganes dans les camps était consécutif à leurs condamnations pour des crimes et non pour des raisons d’appartenance raciale. Pourtant, les documents et les témoignages auraient pu battre en brèche ces arguties.

Pas un seul criminel de guerre ne fût poursuivi pour crimes contre les Tziganes et aucun d’entre eux d’ailleurs ne fut appelé à témoigner au procès de Nuremberg.

…/…

La Convention de Bonn stipulait que les personnes persécutées pour cause de nationalité avaient droit à compensation.

Les demandes de dédommagements des Tziganes pour crimes de guerre se heurtèrent à l’obstruction et à l’opposition d’une administration allemande dont les préjugés demeuraient vifs.

La circulaire du 9 mars 1950 de l’Etat du Wurtemberg est assez éloquente en ce qu’elle continue de distinguer les Juifs et les Tziganes : « il devra être tenu compte du fait que les Tziganes avaient été persécutés par les nazis non pas pour quelque raison raciale, mais en raison de leurs antécédents d’asociaux et de délinquants ». Le mensonge nationaliste a la vie dure.

L’holocauste dans l’esprit général n’a été qu’une affaire exclusivement sémite. La souffrance des Tziganes a été marginalisée et pas seulement par les révisionnistes.

Contrairement aux Juifs qui alimentent encore le souvenir, les Tziganes, avec leur nature fataliste et hédoniste, ont fait de l’oubli un art. Très peu de Tziganes connaissent leur histoire collective, pour preuve la vague d’émigration de Roms Roumains en Allemagne après la chute de Ceaucescu. Les Tziganes oscillent entre résignation et absence de sentiment de haine.

…/…

En Allemagne, il faudra attendre 1982 pour que le Chancelier Helmut Kohl reconnaisse le génocide des Tziganes, mais à cette date les réparations sont bien illusoires puisque la plupart des victimes susceptibles d’obtenir une réparation sont décédées. Dix ans plus tard, le gouvernement allemand décidera de l’opportunité d’un mémorial. Longtemps retardé, c’est le 24 octobre 2012, que ce mémorial aux Tziganes déportés par les nazis a été inauguré à Berlin, à quelques centaines de mètres de la porte de Brandebourg et du Reichstag, par la chancelière Allemande Angela Merkel. Nouvelle pièce d’un puzzle, ce monument consiste en un large bassin rond rempli d’une eau aux reflets sombres qui renvoient à l’horreur des crimes nazis ".

Olivier BLOCHET dit LE NIGLO, extraits de « Les Tsiganes de France ou l’histoire des éternels étrangers » paru au mois de novembre 2014. (tous droits réservés)

27 JANVIER 2015

LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES LE CAMP D'AUSCHWITZ- BIRKENAU  ET LES TZIGANES
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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 19:20
LES ROULOTTES TSIGANES

Dans le but de fuir les conflits et les invasions musulmanes, une petite diaspora quitte le nord de l’Inde au 5ème siècle et prend la route.

A cette époque, le peu de biens que les familles de cette petite communauté tient dans des chariots tirés par les hommes ou par des bœufs . Pour la nuit, on tend des toiles, la vie est précaire.

Après un court séjour en Perse, ce petit peuple, à l’origine sédentaire, traversa les montagnes Afghanes, puis après un essaimage démultiplicateur dans l'empire Byzantin, rejoignit les Balkans puis plus tard, l’Europe de l’Est.

Au contact des peuples auprès desquels elle vécu (Mongols, Kazaks,Turkmènes), cette population, devenue nomade, appris le commerce. Sa circulation tout au long de l’histoire entraîna des contacts économiques permanents entre l’Orient et l’Occident, entre zone chrétienne et Ottomane.

La soif de conquête des Ottomans et les guerres successives que ces derniers menèrent, encouragèrent l’élevage des chevaux dont le commerce fut longtemps contrôlé par les Tziganes. Dès lors, les attelages de bovins furent remplacés par des chevaux ou des ânes. L' essence même du nomadisme leur permit d’optimiser le transport du matériel servant à l’habitat et ainsi, permettre la réalisation de tous les rêves de voyages.

L’évolution passe par des chariots à la solidité incertaine à de petits chariots faisant office d’habitation à compter du 9ème siècle. Roulottes à l’aspect désuet, brimbalantes, la famille poursuit son voyage en marchant à côté.

Au 19ème siècle apparut la véritable roulotte en bois, nommée verdine (de vardo, mot Romani), conçue comme une véritable maison sur roues. Plus vaste, plus stable et plus rapide, on y accède à la porte par un escalier escamotable. Elle est munie de fenêtres, de volets et d’une cheminée. L’aisance de ses propriétaires se devine tout d’abord par son aspect extérieur : ornements en bois sculptés, couleurs chatoyantes et cuivre en font de petits palais roulants aux allures de Trans Orient express.

A l’intérieur, le confort est sommaire, mais le fameux lit en alcôve y prend place, le poêle à bois pour se chauffer est présent ainsi que le buffet et les ustensiles de cuisine. Les représentations religieuses assurent la décoration.

« La roulotte des Romanichels » très présente dans la littérature européenne a contribuée à la place important que tient dans l’imagerie populaire « la famille Bohémienne qui courre par les grands chemins » : la bonne aventure, la fabrication des paniers en osier, la mendicité …

Leur maniabilité a permis aux Bohémiens de circuler dans toute l’Europe en empruntant toutes les routes ou chemins lorsqu’il leur était nécessaire de se rendre discrets selon les pays, les régions ou les époques.

Cet habitat folklorique a laissé progressivement sa place aux caravanes après la seconde guerre mondiale.

Mais les traditions subsistent et pour des raisons de pureté, les femmes Tsiganes ne sont pas autorisées à accoucher à l’intérieur de la « roulotte ». De même, lors d’un décès, la roulotte est décorée de tentures et des centaines de bougies brûlent lors de la veillée, le temps pour chacun de dire au défunt un dernier adieu. Anciennement, la tradition voulait qu’après les funérailles, la roulotte du défunt soit brûlée pour purifier l’habitat. Il s’agissait probablement d’une survivance de la crainte des épidémies, née au moyen âge. Aujourd’hui, on fait en sorte que la mort intervienne en dehors de la caravane ou à l’hôpital pour éviter de la brûler.

La vente à un gadgo (non Tsigane) est également tolérée.

Cela explique qu’il soit difficile aujourd’hui de trouver une authentique verdine sauf à procéder à une restauration intégrale dans l’esprit de ces maisonnettes qui ont sillonné nos campagnes pendant des siècles.

Il existe toutefois quelques menuisiers qui proposent la fabrication de roulottes avec des caractéristiques extérieures à l’ancienne, mais pourvu à l’intérieur du confort moderne d’un mobile-home.

Les véhicules hippomobiles sont antérieurs au Code de la route et à ce titre ils ne sont pas assujettis à la détention d’un permis de conduire, au contrôle technique ou au passage aux mines. Elles doivent toutefois respecter une largeur maximale de 2,5 mètres et être munies de triangles de signalisation, de feux et de freins « si le relief de la contrée l’exige ».

Si la roulotte est tirée par un véhicule automobile, elle est alors assimilée à une caravane et une carte gris est obligatoire si son poids total autorisé en charge est égal ou supérieur à 500 kg.

Olivier LE NIGLO

Le 18 janvier 2015

LES ROULOTTES TSIGANES
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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 13:27

 

Chez les Tsiganes, la mort est accueillie par l'ensemble du groupe par des pleurs et des lamentations.

 

Longtemps, les Tsiganes ont dû enterrer leurs morts au fond d'un trou au bord de la route ou au pied d'un arbre, tant ils étaient obligés de traverser rapidement certaines régions dans lesquelles ils n'étaient pas les bienvenus.

 

Il est surprenant de voir avec quelle rapidité, les familles et amis sont prévenus du décès d'un Tsigane. Malgré la distance, ils sont présents pour partager avec toute la communauté ces moments de tristesse et de recueillement. Il va sans dire que c'était la même chose avant l'invention du téléphone portable !

 

Le mort est veillé généralement 3 jours et 3 nuits, mais selon les endroits et les groupes, la veillée peut être beaucoup plus longue. Pleurs, lamentations exercent comme une musique lancinante pour accompagner le défunt dont l'âme observe le comportement de chaque personne présente. Le respect est de mise. Durant la veillée, les hommes peuvent parler et boire, sans s'énivrer, mais ils ne doivent pas parler du mort.

 

La caravane est décorée de tentures, des centaines de bougies brûlent durant le temps de la veille dont la durée permet à chacun de dire un dernier adieu.

 

Symbolique oblige, le feu de camp crépite près de la caravane. Les hommes, les femmes, les enfants sont autour du feu en attendant la cérémonie. 

 

Les Tsiganes selon leur pays de résidence acceptent les cérémonies catholiques, protestantes ou musulmanes.

 

On dépose dans le cercueil de petites poupées fabriquées par les femmes, de petits bijoux, un violon, une guitare, des lettres, du tabac, de la monnaie ... afin que le défunt puisse rejoindre l'au-delà dans de bonnes conditions.

 

 

derniersnomadesincendiets4.jpg

Anciennement, la tradition voulait qu'après les funérailles, la caravane du défunt  soit brûlée, Il s'agissait probablement d'une survivance de la crainte des épidémies, née au moyen âge. Cette tradition, aujourd'hui abandonnée, préservait l'âme du défunt " le mulo", un esprit gênant, tourmentant les vivants. Le mulo est à la fois la mort et l'esprit de la mort qui rode autour du campement et se venge si l'on ne rend pas un culte vivace à sa mémoire. Les Tsiganes sont supersticieux et plus sensibles à l'"univers de la magie' qu'au rationnel des gadgé.

 

Désormais, On fait en sorte que la mort intervienne à l'extérieur de la caravane, ou à l'hôpital, pour éviter de la brûler. On tolère également que la caravane soit vendu à un gadgo.

Une chose est sûr, le prix d'une caravane aujourd'hui dépasse très largement la valeur d'une antique verdine vermoulue.

Alors la famille continue d'y habiter.

 

 

Par contre, pour respecter encore un peu la tradition, les affaires du défunt sont détruites à l'exception de petits objets personnels sans valeur que les proches gardent en souvenir.

 

Le fatalisme domine la mentalité Tsigane, alors si la durée du deuil est variable, une fois la cérémonie achevée, le Tsigane n'est plus triste, la vie reprend ses droits.

 

tombes-gitanes.jpgtombes2-copie-1.jpg

 

 

Les caveaux des Tsiganes sont parfois très grands et très fleuris, symbole de la vie, de leur aisance et de l'amour que leur famille leur porte.

 

Elles prennent souvent la forme de fastueuses petites chapelles, décorées de bustes ou de statues en référence à la passion professionnelle du défunt.    

 

 

Olivier LE NIGLO

Le 26 janvier 2014

 

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 18:33

 

jolie-gitane.jpg

 

  

Peu de Tsiganes sont célibataires et le mariage est souvent précoce.

 

Bien des traditions ne sont plus pratiquées comme celle de l'achat de la jeune fille à sa famille, mais celui de l' "enlèvement" garde encore son côté folklorique.

 

Théoriquement, la famille doit donner son consentement, mais celui-ci est, parfois encore aujourd'hui, imposé à leurs parents par les jeunes qui s'enfuyent ensemble durant une quinzaine de jours. A son retour, la jeune fille est sévèrement reprimandée par ses parents, une gifle accompagne souvent cette colère mi-feinte. Mais la vie reprend car en définitive, les parents n'ont plus qu'à donner leur consentement.

 

Le Tsigane est chatouilleux sur le plan de l'honneur et du respect, mais il l'est un peu moins sur celui de l'amour et de l'argent pour autant que la jeune fille se soit faite enlever dans le respect des coutumes. Alors, il y a réparation et mariage et ces contingences matériels se règlent entre parents sans consultation des jeunes gens.

 

Ce sont les parents du garçon qui organisent le mariage "au domicile" de la jeune fille. La famille, les amis lointains sont invités et même les gadjé amis de la famille. Il donne lieu à une grande fête qui peut durer plusieurs jours en fonction des moyens de la famille.

 

La fête se poursuit jusqu'à soir de la nuit de noce. A l'aube, le jeune homme s'éclipse discrétement afin de permettre aux femmes de vérifier que la mariée était vierge et que le mariage a été consommé. Les cadeaux des parents de la mariée sont alors offerts, la fête se poursuit toute la journée et c'est le lendemain que la mariée entre au service de son mari et ... de sa belle-mère.

 

En dépit des cérémonies familiales, le mariage n'est pas nécessairement définif car le mariage n'est pas systématiquement enregistré au bureau de l'état civil. La cérémonie communautaire peut être régularisée plus tard à la Mairie et à l'église pour des raisons purement administratives ou par conviction religieuse, mais ce n'est pas automatique.

 

Longtemps, les mariages se faisaient à l'intérieur du groupe en raison de l'isolement de celui-ci par rapport aux autres. C'est moins vrai aujourd'hui ou les mariages mixtes existent , surtout chez les sédentaires, même si ce n'est pas la majorité des unions.

 

Mais,  si une fille Tsigane se marie avec un gadgo, il arrive qu'elle soit purement et simplement reniée. Par contre, un Tsigane peut faire entrer dans sa famille une jeune femme étrangère, une gadji. Celle-ci sera acceptée, mais elle sera toujours un peu méprisée par les autres femmes de la communauté et elle devra se plier aux corvées.

 

L'autorité de la famille appartient au père de famille, mais la femme jouit d'une autorité de fait car la vie familiale dépend d'elle. 

 

C'est une fois la naissance d'un enfant que le mariage est solide. Ce qui caractérise les familles manouches, c'est le nombre d'enfants, à moitié nus, dépenaillés, libres de leurs mouvements à proximité du campement.

 

L'adultère est sévèrement puni et jamais une Tsigane ne doit se livrer à la prostitution. La séparation ou le divorce sont admis dans le couple, mais pas la tromperie.

 

 

Olivier LE NIGLO

5 janvier 2014

 

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 11:42

Aux premiers temps de l'ère chrétienne, fuyant les persécutions religieuses de Palestine, une barque s'échoua sur les côtes de la Camargue à un endroit s'appelant alors Notre- Dame - de - Ratis, c'est à dire Notre Dame du radeau. A son bord, quelques chrétiens dont Marie Madeleine, pécheresse convertie par le Christ, Marie Jacobé, soeur de la Sainte Vierge et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean.

 

On raconte qu'à l'endroit ou aborda la barque, une source d'eau pure jaillit.

 

 

eglise-des-saintes-maries.jpg

Les chrétiens se dispersèrent dans la région. Seules Marie Jacobé et Marie  Salomé s'installèrent au bord de la mer, à l'endroit même ou se trouve le petit village qui s'appelera longtemps Sainte Marie de la Barque avant de devenir les Saintes Maries de la Mer. Elles furent enterrées dans une petite chapelle qui devint au 14ème siècle, après transformations, l'église fortifiée actuelle.

 

A leur mort, les pélerins prirent l'habitude d'y venir, mais le culte des Saintes Maries ne se propagea réellement qu'à partir de 1448 après que le Comte de Provence ordonna que l'on fasse des fouilles dans l'église afin de prouver l'existence des Saintes. Les religieux se mirent à découvrir des ossements qui après avoir été lavés au vin blanc furent enfermés dans deux chasses installées encore aujourd'hui dans la partie haute de la chapelle.

 

Parallèlement à ces fouilles, on découvrit la source d'eau pure à laquelle on reconnu la vertu de guérir de la rage, des fièvres et surtout, de rendre les femmes fécondes.

 

Depuis, le culte catholique se déroule théoriquement deux fois l'an, les 24 et 25 mai, fête de Marie Jacobé et le 22 octobre, fête de Marie Salomé. Mais dans la réalité, le pélerinage n'a lieu qu'au mois de mai, la Camargue étant difficile d'accès à l'automne.

 

La tradition provencale raconte l'existence d'une "Egyptienne", une femme à la peau noire, se prénommant Sara, dévouée au service des Saintes. Cette femme aurait quêté pour ses maîtresses dans les villages voisins.

 

Les premiers Tsiganes arrivent en France et en Provence vers 1438, soit dix ans avant les fouilles. Le fait que cette femme ait mendié l'a fait aussitôt adopter par les gitans de la région comme leur Sainte patronne. Ainsi est né le culte de Sara-la-Kali - un mot tsigane qui signifie à la fois "gitane" et "noire". Une autre version, Tsigane celle là, voudrait que ce soit Sara qui ait aidé les Saintes à débarquer sur la plage après avoir étalé son manteau afin que les Saintes débarquent sans se mouiller les pieds.

 

En 1848, le village prend le nom des " SAINTES MARIE DE LA MER" et peu après, le pélérinage des Gitans y est mentionné pour la première fois.

pelerinageGitanSainteMarieDeLaMer-copie-1.jpg

Ils viennent de toute l'Europe. Ils viennent parce qu'ils ont fait la promesse d'honorer Sara la vierge noire. Ils viennent pour baptiser leurs enfants selon le rite catholique. Ils s'installent dans les rues, sur les places, au bord de la mer durant huit ou dix jours. Bien sûr, Ils viennent honorer leur Sainte patronne, mais c'est aussi l'occasion de retrouvailles avec la famille de renouer des relations affectives. Et parce que c'est la coutume gitane, l'atmosphère est à la joie avec de grandes fêtes ou se mèlent chansons , musique et danses.

 

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Le cérémonial Tsigane est distinct de celui des catholiques. Sara n'a pas le droit de séjour dans la nef mais dans la crypte. Alors dans cette dernière  se dresse la chasse contenant les reliques attribuée à Sara et sa statue de bois et de plâtre. Les Gitanes caressent respectueusement le visage de la statue pour faire passer un courant bénéfique entre le bois de la statue et le corps du pélerin, elles l'embrassent, la couvrent de fleurs, de médailles, de foulards et de corsages. Des centaines de cierges brulent, les Gitans, immobiles, debouts, assis, parfois allongés sur le sol, veillent.

 

Jusqu'en 1912, seuls les Gitans avaient accès à la crypte.

 

Ce n'est qu'à partir de 1935 que l'Eglise catholique autorisa la procession et l'immersion dans la mer de la barque portant les statues des Saintes Marie et de Sara, pour finir par une bénédiction.

 

De nos jours, le pélerinage aux SAINTES MARIE a pris des allures de folklore mal maitrîsé, attirant journalistes et touristes ce qui dénature l'aspect religieux du rassemblement.

 

      Olivier LE NIGLO

      Le 29 décembre 2013 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:13

Tout au long d'un interminable voyage, des confins du nord de l'Inde du nord en passant par le Pakistan, puis par  la Turquie et ensuite en Bohême, les Tsiganes ont jalousement préservés leur autonomie ethnique.

 

Ce peuple ambulant s'est tout d'abord intégré temporairement à d'autres nomades en quittant l'Inde mais ce n'est que dans l'empire Ottoman qu'il a su faire reconnaître ses différences et ses qualités.

 

Bien que leur mode de vie nomade les ait souvent placé en situation de parias, ils ont conservé celui-ci malgré la précarité qu'il représente. Ils ont survécu aux brimades, à l'esclavage puis à la déportation sans renoncer à celui-ci.

 

Les actualités récentes, propices aux amalgames,  n'ont pas aidé à la compréhension des contradictions d'une communauté qui en réalité se divise en trois groupes.

 

Tout d'abord, il faut distinguer les Roms, groupe nomade qui s'est surtout essaimé en Roumanie et en Russie, et non en Hongrie comme souvent on le pense.

 

Ensuite, il y a les manouches ou Sinti (manus en sanscrit) qui viennent d'allemagne d'ou leur nom de famille à consonnance germanique (REINHARDT, SCHMITT, ZIEGLER , WINTERSTEIN...). Excellents musiciens, ce sont eux qui ont préservé et enrichi la musique ancestrale au gré de leurs voyages.

 

Puis nous trouvons les Gitans, Tsiganes qui ont choisi un autre itinéraire de dispersion et qui vivent dans le sud de la France et dans la péninsule ibérique.

 

A noter toutefois que certains s'intallèrent en Angleterre vers 1430 composant aujourd'hui une communauté importante.

 

Ces peuples, continuellement chassés et contraints de reprendre la route n'ont pas d'écriture. Leur langue originelle, le  Romani, leur a permis de transmettre oralement leur tradition. Mais cette langue a évolué au cours de leurs dispersions géographiques en de multiples dialectes empruntant la phonétique et la syntaxe des langues des pays dans lesquels ils se sont établis.  

 

Ce n'est pas la moindre de leur contradiction, perpétuellement chassé mais nomades dans l'âme, les Tsiganes ont toujours refusés de se laisser bridés dans des frontières qu'ils jugent abstraites. Ils ont su éviter de se laisser enfermer dans des réserves comme les indiens d'Amérique ou d'être, à quelques exceptions près, intégrés dans la société en étant sédentarisés.

 

Vivants sous des tentes précaires, puis pour certains dans des grottes dans les pays montagneux lorsque les intempéries les empêchaient de poursuivre leur voyage, l'imagerie populaire les a surtout représentés  voyageant dans des charettes légères tirée par des chevaux (les verdines dans l'argot franco-manouche), puis ensuite dans des roulottes, sorte de maisons mobiles et plus récemment des caravanes.

 

 

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    Ce mode de vie s'accompagnait de difficultés pour se nourrir. La chasse et la cueillette furent longtemps leur préoccupation. Passés maîtres dans l'art du braconnage, les Tsiganes préparent et mangent des animaux parfois inconnus des menus de Gadgés (les non-tsiganes) comme le hérisson (niglo), cuit entier dans de la glaisse afin que les piquants se détachent et libèrent la chair pendant la cuisson sur des pierres brulantes ou sur de la braise. Mais ils sont également friant de volailles d'ou leur réputation de voleurs de poules. Dans l'esprit

populaire, le Tsigane a une notion particulière du vol: il trouve, il prend, il mange. D'ailleurs, l'argot français a détourné le verbe romani  ciorav pour en faire une expression bien connu: chouraver. Tout cela n'aide pas à la compréhension des villageois.

 

JOURNAL-FAIT-DIVERS.jpg

De tous temps, les pires excactions leurs ont été étaient reprochés, contribuant à leur faire reprendre la route avant l'arrivée des gendarmes. 

 

A cet égard, le monde a bien peu changé. Il y a certes des voleurs chez les

300 000 Français d'origine Tsiganes que compte la France, mais nous en comptons également chez des professions aussi honorables que les notaires, les huissiers, les banquiers, les policiers et notre personnel politique.

 

Aujourd'hui, les fontaines publiques sur la place des villages ont disparu, et les gens du voyages ont bien du mal en dehors des aires  de voyages mises à leur disposition à se ravitailler en eau. Nombre de communes ne disposent  d'ailleurs pas de ce type d'accueil imposé uniquement aux communes de plus de 5000 habitants. Il faut admettre que le manque de respect et les dégradations commises parfois par les utilisateurs n'aident pas, une fois de plus, à la compréhension commune.

 

Pourtant, les Manouches et les Gitans sont  citoyens Français et cela devrait éviter le rejet systématique au motif qu'ils ont un mode de vie itinérant.

 

A cet égard, il n'est pas inutile de rappeler que l'expression "gens du voyage" est une appelation administrative datant de deux Décrêts de 1912 et détachée de toute connotation ethnique. Elle concerne les Français ayant adopté un mode de vie nomade.

 

C'est la raison pour laquelle l'amalgame avec les familles Roms venues en France ces dernière années est une erreur, car ces derniers ne sont pas Français. C'est d'ailleurs pour cela que les Manouches n'aiment pas l'assimilation qui est faite avec ces familles roumaines.

 

Souvent chassés, il n'en demeure pas moins qu'il y a une chose qui a permis à certains de s'intégrer, c'est la musique.

 

 

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  Les Tsiganes sont connus comme joueurs d'instruments à cordes. Ce fut tout d'abord le violon, puis un autre instrument l'a rejoint: la guitare. 

 

La musique Tsigane est en faite originaire de Hongrie.

 

Au 19 ème siècle, une caste de Tsiganes s'est sédentarisée dans les grandes villes et elle s'est spécialisée dans l'interprétation de cette musique. Leur virtuosité et leur vélocité, la poésie qu'ils lui ont adjoint ont transfiguré cette musique.

 

Avec le virtuose Manouche, nous sommes loin de l'image du chapardeur, du profiteur, du voleur ou de celui qui colporte  des  maladies contagieuses.

 

Les Manouches ne savent ni lire ni écrire la musique. Ils n'apprennent pas à leurs enfants à jouer d'un instrument.

 

Par contre, dès son plus jeune âge, l'enfant écoute, observe et tente de reproduire, inlassablement, la musique jouée par ses ainés dans le campement.

 

Dès lors qu'il devient un bon musicien, il jouit  d'un prestige  considérable auprès des membres de sa communauté.

 

C'est aussi à partir de ce moment là qu'il devient fréquentable pour les Gadjés.

 

 

Olivier LE NIGLO

1er décembre 2013

 

 

 

 

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 20:56

Les Tsiganes, ou Bohémiens, sont entrés en France par la frontière du Rhin au 19 ème siècle.

 

Accusés d'être des espions à la solde Bismarck, leur circulation fut rapidement mise sous haute surveillance.

De tous temps, les Tsiganes se sont livrés à des activités saisonnières compatibles avec leur mode de vie itinérante et les régions traversées: vente de chevaux, saisonniers lors des récoltes, ramoneurs, scieurs de long, chiffonniers, rempailleurs de chaises, saltimbanques, dresseurs d'ours, vanniers, marchands sur les foires et marchés.

 

Aux campements de fortune sous forme de tentes et de chariots, succédèrent les roulottes, véritables maisonnettes mobiles facilitant les déplacements.

 

Ce manque d'intégration poussa les autorités à faire un amalgamme entre les vagabonds sans activité et ces étrangers en instituant divers registres. Après un carnet spécial de saltimbanque, Georges Clémenceau, Ministre de l'intérieur, créa les "Brigades du Tigre" dont la première mission fut d'intercepter les nomades aux fins d'un recensement systématique. Puis vint la création du carnet anthropométrique, et enfin le carnet de circulation, sorte de pièce d'identité que les Tsiganes devaient présenter lors de leur arrivée dans chaque commune. Ce carnet, discriminatoire et disciplinaire fut en application pendant plus de 60 ans.

 

En outre, la Loi donnait aux Maires le pouvoir d'interdire le stationnement sur le territoire de leur commune. La mobilité des Bohémiens, circulant au gré des contraintes saisonnières liées à leurs activités, devint de plus en plus compliquée et nombre de familles décidèrent d'abandonner leur vie de voyages.     

 

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En 1844, THIERS alors Président du Conseil , avait fait construire des fortifications pour protéger PARIS. Celles ci commencèrent à être démolies à partir de 1919, laissant place à une large bande de terrains vagues non constructibles (environ 250 mètres). C'est sur ce site, appelée également "la zone" que s'installèrent les familles issues du petit peuple parisien chassé par la spéculation immobilière consécutive à la transformation de Paris qui avait commencé sous le second Empire. Arrivèrent ensuite des paysans en raison du début de l'exode rural et des Tsiganes, las des contrôles de police.

Ce prolétariat urbain (les zonards) construisit des habitations de fortune ou y stationna ses roulottes dans ce qu'il convient d'appeler de véritables bidonvilles dépourvus de toute hygiène. Cette "zone" se situait donc autour de Paris, au pied des anciens "fortifs" et principalement  Porte d'Italie, Porte de Choisy, Porte d'Ivry, jusqu'à la Porte Clignancourt à l'orée de SAINT OUEN. Elle compta jusqu'à 30 000 habitants.

 

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Progressivement, cette zone a disparu, laissant tout d'abord place à la construction d'une ceinture d'immeubles bon marché, ancêtres des HLM, à la place des anciennes fortifications, puis après la seconde guerre mondiale, sur la partie non constructible, de ce qui devint le boulevard périphérique dont la construction commença en 1963 pour s'achever en 1973. Les derniers bidonvilles disparurent au milieu des années 70.

 

 

Olivier LE NIGLO

20 octobre 2013

 

 

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