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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 23:57
Jauny en chemise rouge (droits réservés)

Jauny en chemise rouge (droits réservés)

 

  CHRONIQUE NOIRE N° 48

 

Chaque année, à la Chandeleurs, les crêpes ressurgissent, au mois de janvier, c’est au tour des galettes des Rois, en avril c’est mon anniversaire (merci de vous en souvenir), le 1er mai, ce sont les patrons qui régalent, en juin c'est la fête de la musique, en juillet ce sont les congés payés, en août les achats pour la rentrée des classes, en septembre ce sont les feuilles qui tombent, en octobre, on les ramasse à la pelle, en novembre on rallume le chauffage et en décembre, et oui, une nouvelle chronique sur Jauny.

Il me serait difficile de m’y soustraire tant mes lecteurs l’attendent en trépignant d’impatience ( si si ).

Alors quoi de neuf chez Jauny et consort(ium) ?

Certes en matière de production musicale, c’est mort !

Mais en ce qui concerne les relations familiales, ce pourrait être un remake de  « je t’aime moi non plus » version « Dallas ».

Entre les actifs en Suisse pour lesquels les aînés sont chocolat, les actifs américains, la somptueuse propriété de Montfort l’Amaury, ceux de Saint-Martin, et les droits musicaux, ce n’est pas le paradis (fiscal).

Un peu comme au casino, rien ne va plus.

Laetitia, comme de Funès dans « La folie des grandeurs » ne veut toujours pas lâcher la cassette de Mamou, pourtant « il serait l’or », car Laura et David, avec des ruses de Sioux tentent de rapatrier le magot, et jusqu’à preuve du contraire, la succession est soumise au droit français. D’ailleurs, le président Macron avait qualifié Jauny de héros français.

Il est vrai qu’il se dit qu’un accord secret aurait été passé entre toutes les parties, mais comme il est secret, il est censé ne pas exister.

Cette affaire de gros sous – enfin d’héritage – c’est un peu un tango argentin, un pas en avant, un pas en arrière, chaque observateur attendant dans les coulisses la chute finale, non pas celle de celle ou celui qui se retrouvera les fesses sur la piste, mais celle qui se déroulera chez le notaire.

Enfin peut-être, car bon, Jauny riche ou ruiné ?

Le trésor public est toujours en embuscade – oui je sais c’est un pléonasme – et probablement pas de manière innocente. Les dettes fiscales semblent abyssales et après leur règlement que restera-t-il, un chouia de 10 millions d’euros probablement, sinon pourquoi cette bataille d’avocats ?

Sacré Jauny, mêlant l’outremer à l’outre-tombe, il parvient encore à se maintenir en première page de « Voilà ».

 

Olivier BLOCHET

Le   1er  décembre 2020

 

© Droits réservés – Olivier Blochet - décembre 2020

 

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 17:15
LES DIX PETITS NÈGRES d'AGATHA CHRISTIE

 

                                                               CHRONIQUE NOIRE N° 48

 

Le roman d’Agatha Christie, publié à plus de 100 millions d’exemplaires à travers le monde, aura connu un destin peu banal.

La romancière s’inspira d’une chanson anglaise de 1869 intitulée « Ten Little Niggers (« Les dix petits nègres »), adaptée elle-même d’une chanson américaine écrite en 1868 sous le titre de « Ten Little Indians ». Pour les besoins de son intrigue, l’auteure n’en modifia que le dernier vers.

Après avoir séjourné à plusieurs reprises sur Burgh Island, une île située dans le comté du Devon, elle y situa son histoire en appelant le lieu avec un souci de cohérence « Nigger Island » (« L’île du nègre »), sans penser à mal.

Toutefois, le terme nègre ayant été jugé offensant, certaines éditions anglophones l’ont rebaptisée en « Indian Island » (« L’île de l’Indien)- on appréciera la cohérence -, puis en « Soldier Island » (« L’île du Soldat »).

Le roman paru aux États-Unis en 1940 sous le titre de « And Then There Were None » (« Et il n’en resta aucun ») correspondant au dernier vers de la chanson originale. Ce titre fut repris au début des années 80 au Royaume-Uni.

En France, toutes les éditions conservèrent le titre « Les dix petits nègres » jusqu’à récemment, après qu’Amazon retire ce livre de son catalogue au motif qu’ « il n’était pas conforme aux critères de la société » (sic). Cela n’empêche pas celle-ci de vendre encore  aujourd’hui des exemplaires d’occasion avec le titre « diabolique ».

L’éditeur français sous la pression d’une certaine opinion publique vient de rebaptiser le roman en « Ils étaient dix », le nom de l’île est devenu « L’île du soldat » et le mot « nègre » utilisé 74 fois dans les pages a été remplacé par celui de « soldat ».

L’éditeur a toutefois fait un pied de nez aux censeurs en indiquant sur la couverture que ce roman avait été précédemment publié sous le titre de « Les dix petits nègres ».

Dans la même mouvance hygiéniste, les écoles catalanes ont récemment retiré de leurs bibliothèques « La Belle au bois dormant » au motif qu’à la fin du conte, le baiser du prince à la belle endormie n’est pas consenti !

Il s’agit bien d’une censure rampante, menée tambour battant par des hygiénistes dont le but est d’effacer l’histoire au lieu de l’expliquer.

Pour combattre le racisme, il serait plus judicieux de contextualiser les œuvres plutôt que de les « corriger » en exerçant des pressions morales le plus souvent empreintes d’une méconnaissance totale des conditions dans lesquelles sont nées les œuvres.

La dénonciation du racisme ne doit pas passer par une purge intellectuelle rétroactive dont l’objectif serait d’effacer la mémoire et le patrimoine culturel collectif.

Devons-nous désormais ne plus admirer l’art nègre en raison de la présence d’un mot entré, qu’on le veuille ou non, dans le langage courant sans forcément véhiculer une once de racisme. Ou alors, il faut censurer Aimé Césaire et Léopold Sedar Senghor qui revendiquaient l’emploi de ce terme.

Voltaire sera-t-il la prochaine victime de cette censure ? Dans « Candide», un chapitre, bien qu’antiraciste, est intitulé « Le nègre de Surinam », et cause aggravante, il est au programme de l’école républicaine.

Il serait bon que nos censeurs comprennent les vrais sens des textes sinon ils voudront également interdire le magnifique poème de l’écrivain haïtien Jacques Roumain : « Sales nègres » (*).

 

Olivier Blochet

Le  9 octobre 2020

 

(*) Pour apprécier l’idée que l’on peut refuser l’oppression par la poésie, j'invite le lecteur à écouter les versions récitées de ce poème sur You tube ainsi que la version chantée par Stomy Bugsy sur une musique de Diop.

 

 

© Olivier Blochet – 9 octobre 2020

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 23:10

 

                                                                  CHRONIQUE NOIRE N° 47

 

 

Le procès contre l’Occident, s’il n’est pas nouveau, a pris une tournure plus offensive depuis la mort aux États-Unis de Georges Floyld et de la résurgence du mouvement antiraciste « Black  Lives Matter ».

Le discours racialiste repose sur des chefs d’inculpation redondant : esclavage, colonisation, discrimination raciale, racisme ordinaire et les réquisitions contre  les blancs, car il s’agit bien de cela, est implacable : les blancs doivent mettre un genou à terre et s’effacer devant les indigénistes.

Aucun des protagonistes actuels n’est un colon, un esclave et encore moins un esclavagiste, mais une minorité prône la réécriture de l’histoire en oubliant que les premiers esclavagistes, encore en activité dans certaines zones de l’Afrique, furent les musulmans dont les raids jusque dans le sud de l’Europe durèrent jusqu’au 17e siècle. Quant aux Africains qui partirent pour l’Amérique en pleine construction, ce furent souvent des peuplades noires qui en firent le commerce en les livrant sur les ports, notamment celui de Gorée au large du Sénégal.

L’histoire colonialiste des Européens n’est sans doute pas glorieuse, mais elle n’est pas complètement négative car elle a apporté indéniablement des améliorations sanitaires et des infractructures.

Immanquablement, le repli identitaire a permis à quelques-uns de tenter de gérer leurs propres problèmes avec la justice française, pour preuve la manipulation du « comité Adama Traoré » qui a su entraîner dans son sillage quelques personnalités du spectacle en peine d’actualité préférant le racolage et la mauvaise foi à l’honnêteté intellectuelle.

Autre travers, l’indigéniste rompt avec la tradition républicaine de la laïcité et l’angélisme de la gauche, qui dans les années Mitterrand a abandonné le manichéisme de classe au profit de l’antiracisme en soutenant SOS Racisme, aurait dû poursuivre une politique d’intégration au lieu de laisser le champ libre à l’émergence d’une hydre islamo-indigéniste devenue une redoutable manipulatrice.

Au nom du moralisme, les politiques successives, notamment celle de la gauche, se sont colorées du vocabulaire indigéniste pour exister.

Porté par le déboulonnage des statues, Jean-Marc Ayrault a demandé, sans complexe, que la salle Colbert à l’Assemblée nationale soit débaptisée, prouvant une nouvelle fois qu’il opte toujours et encore en faveur de l’opinion comme si elle faisait office de loi.

Les indigénistes contestent la notion de négritude.  Pourtant, il s’agit d’une notion introduite et revendiquée par Aimé Césaire avant d’être reprise par Léopold Sedar Senghor qui approfondit le concept de « négritude » en la définissant comme « la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture ».  

Au passage, je rappelle que les chanteurs de blues revendiquaient leur négritude puisque le blues est né du besoin de s’exprimer sur leurs conditions de vie.

La pression mise sur les entreprises par le(s) mouvement(s) antiraciste(s) contraint celles-ci à ne plus ignorer les mouvements sociaux pour protéger leur image devant des exigences qui frôlent le ridicule.

L’une des premières guérillas menées fut celle pour faire changer le nom de la pâtisserie appelée « Tête de nègre ».

L’été dernier, le groupe L’Oréal a décidé de supprimer certains mots de la description de ses produits cosmétiques, comme « blanchissant », pour ne pas stigmatiser une partie de la population.

À la même période, un glacier Danois de renom a dû renoncer au nom commercial d’ « esquimau », ce terme rappelant aux Inuits « un passé d’humiliation et de traitements injustes ».

Certes, le phénomène n’est pas nouveau, mais son accélération devient inquiétante.

Inventée en 1914, en pleine guerre mondiale, la marque « Banania » adopta le slogan « Ya bon », en référence aux régiments de tirailleurs sénégalais. Ce slogan cessa d’être utilisé pendant plus de trente ans jusqu’au rachat de la marque par la société Nutrimaine en 2003. Sur la pression du MRAP, le slogan jugé raciste fut de nouveau abandonné avant de réapparaître. Une nouvelle procédure en 2011 engagée de nouveau par le MRAP, qui demandait pas moins de 650 000 euros de dommages et intérêts et 20 000 euros par infractions constatées, a mis un terme définitif à l’utilisation d’un slogan que des générations de consommateurs ont connu sans penser à mal. Cela étant, l’illustration sur les emballages représentant un Africain demeure, même si elle a évoluée au fils du temps. Ce n’est pas le cas pour le riz « Oncle Benz », dont les paquets orange arborent le visage jovial d’un noir américain. Celui-ci devrait prochainement prendre le nom de « Ben’s original » au mépris de son image popularisée auprès de plusieurs générations dans le monde entier. Non seulement la tête de la mascotte de cette marque va disparaître, mais également le mot « uncle » utilisé, paraît-il, péjorativement envers les personnes noires !

La culture n’est pas épargnée par ce phénomène.

Récemment, ce fut le titre de « Les dix petits nègres » d’Agatha Christie qui a été rebaptisé « Ils étaient dix », alors qu’il n’existait aucune connotation raciale dans ce roman. Je ne résiste pas au plaisir de rappeler qu’en 2018, une chanteuse française, en mal de publicité, était intervenue auprès d’une chaîne de télévision pour que celle-ci change le nom d’une série tirée de ce roman, probablement le plus connu d’Agatha Christie. Faute d’obtenir une réponse satisfaisante, elle avait alors tenté de joindre l’auteur par téléphone(*).

Nous venons également d’apprendre que les acteurs blancs ne doubleront plus les personnages de couleur dans les « Simpson» !

Quant à l’académie des Oscars, elle va désormais imposer des critères de diversité pour la catégorie du meilleur film à compter de 2024. À défaut de respecter les nouvelles règles, les films ne pourront pas entrer en compétition dans cette catégorie. Les films historiques seront-ils également visés, auquel cas les versions seront parfois cocasses.

À ce rythme, gageons que le groupe alternatif « Les Négresses Vertes » devra changer de nom, ainsi que « Noir désir ». Débaptiser le « Petit nègre » de Debussy demeure possible, mais ce sera plus difficile pour Johnny Halliday de réenregistrer une nouvelle version de « Noir c’est noir ».

Pauvre époque !

 

Olivier Blochet

Le 4 octobre 2020

 

(*) Agatha Christie est décédée le 12 janvier 1976

 

© Olivier Blochet – 4 octobre 2020

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 23:05
L'ENSAUVAGEMENT OU LA LOI DU GROUPE

                                              

                                                                   CHRONIQUE NOIRE N° 46

 

La barbarie ordinaire à visage découvert n’est pas un leurre et n’en déplaise aux  phraseurs pour lesquels le terme d’ensauvagement déplaît, il s’agit bien d’une réalité que l’on ne peut pas glisser sous le tapis en détournant le regard.

 

Afin de nier la réalité ou d’en atténuer les effets, certains, et non des moindres, ont choisi de parler d’un simple sentiment d’insécurité de la population avant de tenter de noyer le poisson dans un stérile débat sémantique en prétendant que le concept d’ensauvagement appartient à l’extrême droite pour tenter de clore le débat.

 

Tout d’abord, le premier à avoir employé le terme de « sauvageons » en 1998, pour qualifier des délinquants et des mineurs récidivistes, fut Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, un homme de gauche assurément. Mais en réalité, la paternité de ce concept revient à la politologue Thérèse Delpech qui dans son essai «  l’Ensauvagement, le retour de la barbarie au XXIe siècle » utilisa ce terme en 2005. Ce n’est que plus récemment que ce mot est devenu un élément plus central de la réflexion du Rassemblement national (colloque à l’Assemblée nationale intitulé « De la délinquance à l’ensauvagement ? » en 2018).

 

Le vrai débat ne doit pas s’éterniser sur la sémantique, mais sur les chiffres de la délinquance. Ceux-ci ne cessent d’augmenter depuis des années, un passif dû tant à la droite qu’à la gauche dont le moins que l’on puisse dire qu’elles n’ont pas fait preuve de lucidité ni de courage  pour enrayer la dégénérescence de la société, en grande partie la conséquence d’une immigration incontrôlée dont la jeunesse n’aime pas la France et ses valeurs.

 

La droite reconnaît enfin le lien évident entre l’insécurité et l’immigration massive, un débat longtemps laissé à l’extrême droite. La surreprésentation de certaines communautés dans le tableau pénal n’est plus un tabou.

 

Ne pas endiguer rapidement ce phénomène de violence reviendrait à laisser s’imposer comme un mode de résolution normal des conflits entre communautés ( par exemple les affrontements entre Tchétchènes et Maghrébins au mois de juin à Dijon), entre bandes rivales sur fond de trafic de drogues, (les tirs de mortiers en plein jour le samedi 19 septembre 2020 dans le 19e arrondissement), les actes de violences envers les femmes pour une jupe trop courte au nom de préceptes religieux d’un autre âge.

 

Néanmoins, avec toute la bonne volonté du ministre de l’Intérieur et des forces de police, seule une politique pénale adaptée permettra d’apporter une réponse à la crainte légitime des citoyens victimes de la violence quotidienne. Nous ne pouvons pas nous satisfaire du règlement des conflits par la conclusion d’un « armistice » à la mosquée sous l’égide des religieux comme dans les affrontements de Dijon.

 

Pour le moment, Éric Dupont-Moretti, le Garde des Sceaux ne semble pas avoir pris la mesure des enjeux pour l’avenir de la sécurité des Français. Espérons qu’il ne fait pas sienne la philosophie laxiste et complaisante de Mme Taubira.

 

 

Olivier BLOCHET

Le 30 septembre 2020

© Olivier Blochet – 30 septembre 2020

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 21:44
Salon du livre de Juvardeil - 29 septembre 2019

Salon du livre de Juvardeil - 29 septembre 2019

             CHRONIQUE NOIRE N° 45

 

Chère consoeur,

Je m'adresse à vous en votre qualité de ministre de la Culture, mais également en celle de l'auteure croisée parfois sur des salons du livre. 
Vous n'ignorez pas que de nombreuses manifestations littéraires ont été annulées cette année (comme celle de Juvardeil dont vous étiez l'invitée d'honneur l'an dernier ) ce qui met les auteurs dans une position délicate pour ne pas dire critique.  L'annulation des salons du livre tient au  covid 19 et aux difficultés de faire respecter une distanciation  (quel vilain mot non approprié ) entre les auteurs et les auteurs et les visiteurs. Bizarrement, certaines manifestations sont maintenues en dépit d'une concentration de population  au même endroit malgré les principes de précautions édictées par le gouvernement, prompt à accorder des dérogations.
Alors, je lance l'idée que votre ministère pourrait sponsoriser, et pourquoi pas organiser, un grand salon du livre au Puy du Fou.
Vous avouerez que cette idée à "de la gueule" et ferait taire les médisants qui critiquent les autorisations données au parc pour accueillir un public endémique.
Je vous sais occupée, mais comme ce post va être lu par de nombreux auteurs, vous finirez bien par en prendre connaissance.
Confraternellement,


Olivier Blochet

Le 17 août 2020

 

© Olivier Blochet – 17 août 2020

 

PS : amis auteurs, merci de partager, ce serait dommage que Roselyne passe à côté d'une bonne idée.

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 14:38
UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE, UN TRAORÉ AUSSI

 

 

CHRONIQUE NOIRE N°45

 

 

Aux États-Unis, la mort de Georges Floyd a suscité une vague d’émotion et des marches pacifistes, mais aussi des violences sans que ces dernières ne puisent être justifiées, et a fortiori les pillages en marge des manifestations.

Les violences policières aux États-Unis n’ont pas de lien direct avec la France[1]. La tentative d’en faire la justification de manifestations non autorisées, pour tenter d’intimider la justice dans le cadre de l’affaire Adama Traoré[2], repose sur l’accusation gratuite d’un racisme généralisé de la police et des institutions françaises. Il s’agit d’une grave dérive identitaire.

S’il est légitime à la famille Traoré de se livrer à une bataille judiciaire, mais aussi médicale, il n’est pas possible de mettre sur le même plan l’affaire Georges Floyd, un noir américain interpellé par des policiers dont l’un d’eux le maintient en posant son genou pendant de longues minutes sur son cou (ce que la vidéo atteste) et celle d’une interpellation après trois tentatives de fuite, sans témoin direct autre que les gendarme présents. Les expertises officielles excluent la responsabilité des gendarmes dans le cas d’Adam Traoré, attribuant la mort à un « œdème cardiogénique » lié à l’état de santé d’Adama Traoré, à son stress et aux efforts physiques liés à ses tentatives de se soustraire au contrôle, alors qu’il avait, selon les experts, une forte concentration de cannabis dans son organisme. Les médecins choisis par la famille contestent ces conclusions[3].

Alors que cette dramatique affaire devait trouver son épilogue dans le cadre d’une instruction et d’une bataille d’experts, elle est aujourd’hui instrumentalisée en référence à la situation américaine pour tenter de faire reposer la mort d’Adama Traoré sur un acte d’homicide de nature raciste.

Il ne s’agit donc plus de demander la justice, mais de réclamer une vengeance.

Dans les deux cas, s’il est légitime de débattre sur les techniques d’interpellation des forces de l’ordre, et notamment celle du plaquage ventral en cas de résistance, pour permettre le menottage, placer l’affaire française sur le terrain des violences policières racistes, quasiment institutionnalisées, relève de la manipulation outrancière dont les effets pervers présentent à terme le danger de créer dans l’esprit de la population, une crainte permanente de la police, alors que le rôle de celle-ci est de protéger les citoyens.

Aucune corporation n’échappe à un pourcentage de racistes dans ses rangs, mais affirmer que la police est raciste par essence est une contre-vérité véhiculée par des agitateurs, tels le « collectif urgence notre police assassine » ou encore par le groupe identitaire «  ligue de défense noire africaine » qui par la voix de son porte-parole accuse la France d’être « un État totalitaire, terroriste, esclavagiste, colonialiste ». Une déclaration faisant écho à une autre, celle –ci devant l’ambassade de’Afrique du Sud en septembre 2019 : "La xénophobie doit s’arrêter. Si vous voulez être xénophobe, d’accord. Commencez par tuer les blancs, commencez par tuer les Chinois, commencez par tuer les Indiens. Ne tuez pas vos frères, nous avons la même couleur de peau" .

Une conception de l’antiracisme qui sent le totalitarisme à plein nez, mais également la prudence, puisque les arabes n’étaient pas ciblés, alors que la traite arabo-islamique a asservi des millions de noirs durant des siècles.

L’outrance n’a plus de limites, l’aveuglement et la perte de mémoire des extrémistes non plus. Rappelons-nous que le dernier génocide du 20e siècle eut lieu au Rwanda, lors duquel les Hutus massacrèrent les Tutsis, 2 peuples noirs ! Aujourd’hui, dans de nombreux pays africains, la police violente la population sans que les Yannick Noah et autre Omar Sy ne protestent, ni d’ailleurs les collectifs cités précédemment.

Et nous pourrions également débattre du racisme anti-blanc !

Les délires communautaristes sont dangereux car ils minent la cohésion républicaine et personne ne sortirait vainqueur d’un chaos interethnique et interconfessionnel reposant sur le rejet.

Et puis souvenons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, nous les acclamions les « flics » qui avaient risqué leurs vies pour nous protéger d’une série d’attentats terroristes. Je me souviens même d’un blanc embrassant un « flic noir » dans la rue.

 

 

Olivier Blochet

Le 9 juin 2

© Olivier Blochet – 9 juin 2020

 

[1] Selon le chercheur Mathieu Zagrodzki, dans l’hebdomadaire Marianne, le rapport à la violence, la circulation des armes à feu et le mandat que l’on donne à la police sont différents. 3En France, la police blesse beaucoup, mais elle tue peu. Les polices américaines tuent plus d’un millier de personnes par an, pour 320 millions d’habitants. La police et la gendarmerie en France, une vingtaine »,  avance Mathieu Zagrodzki, auteur d’un ouvrage sur ces deux polices. Sur quelques 1500 enquêtes judiciaires confiées à la police des polices en 2019,seule une trentaine concerneraient des faits de racisme ou de discrimination qui appellent le cas échéant, « les sanctions les plus sévères », indique de son côté le directeur général de la police ( DGPN) Frédéric Veaux.

[2] Le jeune homme avait été interpellé en 2016 à Beaumont-sur Oise après avoir tenté à plusieurs reprises de se soustraire à un contrôle de police.

[3] La dernière expertise médicales, réalisée à la demande de la famille considère que le jeune homme est mort d’un syndrome asphyxique faisant suite à un œdème cardiogènique. Elle attribue ce dernier « à une axphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral ».

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 10:25
Jean-Marie Bigard

Jean-Marie Bigard

 

CHRONIQUE NOIRE N°44

 

 

Bof ou plutôt beauf.

Ce qui aurait pu prendre le caractère d’une blague est devenu un phénomène de foire avant que la baudruche ne se dégonfle.

Jean-Marie BIGARD envisageait de se présenter aux prochaines élections présidentielles en 2022 « comme le candidat du peuple », un challenger de taille face à Emmanuel MACRON qui commençait à avoir peur d’après ses partisans issus des rangs des gilets jaunes. La bonne blague !

L’attitude suffisante de BIGARD, face à la presse avec son tee-shirt arborant la mention : « Allez tous vous faire enculer », augurait mal de son avenir en politique. Pour ma part, je lui réponds : « Toi-même ! »

S’il est vrai qu’un fort mécontentement agite une partie de la population pour des raisons souvent justifiées, l’entrée d’un bouffon dans le jeu de certains agitateurs professionnels, dont le passé n’est pas glorieux, voire nauséabond, est inquiétante pour notre démocratie. Les tendances populistes de ce fugace engagement ne faisaient pas craindre à l’élection d’un personnage au vocabulaire ordurier, mais par défaut, une élection au profit d’un étendard  vert de gris, car le Rassemblement National est un peu le ADECCO des gilets jaunes.

Mais, après une nuit de réflexion intense, peut-être, BIGARD la remet dans sa culotte (son ambition politique bien sûr) et lâche l’affaire, tout en changeant de sujet pour dire qu’il est un généreux donateur pour de nombreuses causes dont il égraine la liste. C’est bien d’être généreux, mais en l’occurrence  hors de propos, sauf à vouloir noyer le poisson après ce lamentable ratage de communication.

J’aurais bien aimé voir la tête de tous ces innocents qui la veille clamaient qu’ils allaient voter pour lui. J’imagine la déception du leader gilet jaune autoproclamé qui se voyait Premier ministre et qui a dû manger le chapeau de son « dress code ».

Banzaï

 

Olivier Blochet

Le 31 mai 2020

 

© Olivier Blochet – 31 mai 2020

 

 

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 11:33
SORTEZ COUVERTS

 

 

CHRONIQUE NOIRE N°43

 

Certes, l’épisode des masques absents lors du début de la période Covid 19, devenus comme alibis des masques moisis, périmés, inadaptés, et cetera, laissera des traces dans l’inventaire dans grandes confusions (au sens psychologique) de notre Administration, chez laquelle la main droite ignore ce que fait la main gauche, pour autant qu’elle sache que celle-ci existe.

La colère légitime des citoyens devant l’absence de masques et devant les propos divergents, contradictoires, probablement souvent mensongers, aurait pu être interprétée comme un souci de se protéger. Il faut bien dire que la répétition à longueur de journée, de semaines et de mois  des gestes barrière à respecter avait de quoi interpeller les plus récalcitrants. Les moins réceptifs ont harcelé les disquaires pour acheter des vinyles d’Alain.

Les masques en rade (de Brest) [1], après de longues semaines et de nombreuses polémiques, sont tout de même parvenus en France, souvent dans des conditions rocambolesques, parfois douteuses ou purement mercantiles. Mais je ne suis pas sûr que les agrégés en critiques permanentes soient parvenus à faire mieux. J’ai d’ailleurs envie de leur crier à l’unisson des rares promeneurs sur les plages : « Vos gueules les mouettes ! ».

Si l’on veut éviter un re-confinement, les règles sanitaires sont strictes : pour sortir, mettez un masque, a fortiori dans les lieux publics, ces masques que vous avez réclamés à corps et à cris. « Dura lex, sed lex »[2].

Et pourtant, malgré les recommandations, nous croisons encore beaucoup trop de personnes, souvent dans la tranche d’âge des plus vulnérables, bader dans les supermarchés sans masques. Et puis, nous avons les inénarrables gilets jaunes, dont les connaissances médicales feraient pâlir le Professeur Raoult, qui appellent à manifester dans les rues ! Il y a trois jours, l’un d’entre eux voulait même prendre Paris. À la réflexion, je me demande s’il ne fantasmait pas sur l’héritière des Hôtels Hilton. Je ne m’aviserai pas de viser d’autres sujets inconscients pour ne pas risquer de subir les dispositions d’une loi récente.

 Avant de nous quitter, et comme les plages vont progressivement être de nouveau accessibles, permettez-moi un conseil : sortez couverts. Et pour être plus précis : « Durex, c’est le sexe »[3].

 

Olivier Blochet

Le 16 mai 2020

© Olivier Blochet – 16 mai 2020

[1] Savoureux jeu de mots que j’emprunte sans vergogne à un ami qui se reconnaîtra.

[2] Locution latine signifiant : « Dure est la loi, mais c’est la loi ».

[3] Comme il ne s’agit pas d’une locution latine, je ne donne pas de traduction.

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 18:00
PETITES RÉFLEXIONS SUR LE CONFINEMENT

 

 

CHRONIQUE NOIRE N°41

 

 

Dans cette chronique, je pensais aborder les avantages et les désavantages du confinement, mais ses effets négatifs, vous les rencontrerez bien assez tôt sans que je les développe. D’ailleurs, sur ce sujet, je serai très certainement très incomplet tant les inconnues sur nos conditions de vie (de survie) dans les prochaines semaines sont indéfinissables au stade actuel d’une pandémie incontrôlable.

Même si j’ai une triste pensée pour mes amis indépendants du monde de la culture, du spectacle vivant ou musical, qui voient tous leurs contrats annulés (y compris les miens), je prends sur moi de  tenter de me convaincre, pour éviter de tomber dans la neurasthénie, que ce confinement imposé par les « Ôtaurités »  aura peut-être tout de même quelques avantages.

 

Tenez ! Formidable cette idée du télétravail prôné par nos têtes pensantes.

Bon évidemment, le boulanger, le chaudronnier, l’électricien, le maçon, l’ouvrier de chez Citroneault (1), la femme de ménage, l’hôtesse de caisse de l’hyper marché du coin, et la liste est longue, eux ils peuvent prendre les transports en commun qui ne sont pas à l’arrêt et se prendre des postillons, pourvu qu’ils se lavent les mains toutes les 20 minutes. Et puis ça va donner des idées pour les méthodes d’enseignements des années à venir, le ministère de l’Éducation pourra alléger les effectifs d’enseignants après ce test grandeur nature.

Quand j’ai su que les activités commerciales non essentielles allaient être également fermées, les bars, les restaurants, les théâtres, les cinémas, les piscines, les librairies, je me suis précipité pour acheter un peu de lecture, car franchement la perspective de me gaver du Hanouna pendant plusieurs semaines ne m’enchantait pas.

Il y a un choix de lecture passionnant, même si Gallimard a hypocritement retiré de la vente les livres de Gabriel Matzneff (2). Mais les Éditions Fayard s’apprêtent à rééditer "Mein kampf",  bande de petits veinards. De quoi occuper vos journées de chômage technique.

Autre avantage, la fermeture des frontières, notamment celle avec l’Espagne qui évitera le retour de Manuel Vals.

Soyons pragmatiques, le temps libre permettra sans doute de réfléchir individuellement à modifier notre mode de vie lorsque la situation nous permettra de reprendre une activité normale.

Un exemple : Par politesse, nous embrassions nos grand-mères à moustaches, et ça piquait. Et bien à l’avenir, nous pourrons y échapper en disant : « Ah ! tu sais mamie, j’ai perdu l’habitude de faire la bise depuis cette sale histoire de virus ».

Banzaï !

 

Olivier BLOCHET

Le 15 mars 2020

 

  1. La plateforme abritant mon blog ne me versant pas de droits d’auteur, je ne vois pas pourquoi je ferais de la publicité aux constructeurs automobiles.
  2. Lire la chronique : Je ne lirai pas « Le consentement » de Vanessa Springora.

 

 

 

© Olivier Blochet – 15 mars 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 23:05
JE NE LIRAI PAS "LE CONSENTEMENT" DE VANESSA SPRINGORA

 

 

CHRONIQUE NOIRE N°39

 

 

 

 

Non, je ne lirai pas « Le Consentement » de Vanessa Springora, le récit de sa relation amoureuse durant 3 ans avec l’écrivain Gabriel Matzneff, entre ses treize et seize ans. Une relation sous emprise selon elle, liée à sa propre carence familiale.

La parution tardive de cet ouvrage de Vanessa Springora, désormais âgée de 47 ans, me rend perplexe. Le scandale autour de cette publication, l’opprobre contre Gabriel Mazneff et l’ouverture d’une information judiciaire à son encontre pour fait de pédophilie me paraît surréaliste.

Les journaux titrent « A 83 ans, Matzneff rattrapé par son passé »

 

Quelle hypocrisie !

 

De qui parle-t-on ? De celui qu’encensait François Mitterrand, celui dont les amis étaient Philippe Sollers, Emil Cioran, Christian Giudicelli, Yann Moix, Jean d’Ormesson, Frédéric Beigbeder, celui que Bernard Pivot invita à six reprises dans son émission littéraire « Apostrophe », avec l’arrière pensée, sans doute, de faire un bon audimat avec le parfum de scandale entourant son invité.

Gabriel Matzneff n’a jamais caché son goût pour les adolescentes. Son journal publié au fil de l’eau comprend plus de 10 volumes dans lesquels il ne dissimule rien de ses préférences sexuelles interdites. Son essai "Les moins de seize ans" ne présente aucune ambiguïté non plus.

Aujourd’hui, les éditeurs ouvrent le parapluie moral pour ne pas être contaminés, pratiquant hypocritement la censure en retirant de la vente les livres de l’écrivain : Gallimard, La Table Ronde (groupe Madrigall, contrôlé par Antoine Gallimard), Léo Scheer et Stock.

Foutaise ! On sait que les livres sont relus par l’avocat des éditeurs pour éviter des procès, a fortiori ceux de Matzneff dont ses éditeurs connaissaient les transgressions.

Et Antoine Gallimard de prétendre être opposé à « toute forme de censure ».

Dans cette célèbre maison qui a édité des « palpeurs » comme Gide, Montherlant ou René Schérer, les couloirs risquent d’être encombrés de diables chargés de livres destinés au pilon !

À croire que certains perdent la mémoire.

Où sont ceux qui sur le plateau d’«Apostrophe» écoutaient attentivement avec des rires complices les récits du dandy de la littérature couvert de très jeunes filles au sens propre et au sens figuré ?

Complaisamment, on nous a ressorti la séquence dans laquelle la Canadienne Denise Bombardier fustige la justice française et l’impunité de Matzneff. Quelques jours plus tard, avec un élan de solidarité, Sollers traita celle-ci de « mal baisée ». Plus récemment, Josyane Savigneau , qui chroniqua avec fidélité ses livres dans « Le Monde », fut l’une des seules à ne pas l’avoir lâché dans la tourmente en dénonçant « une chasse aux sorcières ».

Bien entendu, aussi bon écrivain qu’il le soit, Gabriel Mazneff n’est pas au-dessus des lois, pas plus que ne l’était Michel Tournier dont l’œuvre comporte également des déclarations pédophiles.

Dans « Le consentement », Vanessa Springora quitte le rôle de la victime pour endosser celui du témoin nous dit-on. Un témoin qui se révèle bien tardivement après que Mazneff ait publié un roman, un recueil de poèmes et un tome de son journal, voilà bien des années, sur cette relation amoureuse qui n’avait jusqu’à présent donné lieu à aucune réaction de l’intéressée.

Les "révélations" du livre contenu dans le livre de Vanessa Springora ont incité le parquet de Paris à ouvrir une enquête du chef « de viols commis sur la personne d’un mineur de 15 ans au préjudice, notamment, de Vanessa Springora », a écrit le procureur, Rémy Heitz, dans un communiqué, le vendredi 3 janvier.

Dans la dernière loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, adoptée le 1er août 2018, le délai de prescription pour les crimes sexuels (le viol) a été porté à 30 ans, à partir de la majorité de la victime. Cela veut dire qu’en théorie, une victime peut donc porter plainte – et les faits doivent être jugés – jusqu’aux 48 ans de la victime. Vanessa Springora est âgée de 47 ans, elle en aura 48 en mars prochain et elle peut encore porter plainte. Mais pourquoi avoir écrit ce livre avant de porter plainte pour autant qu’elle le fasse ?

L’enquête dira donc rapidement si les faits sont prescrits ou pas, concernant Vanessa Springora, demeurant entendu que « les investigations s’attacheront à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger », a précisé le parquet.

Ainsi l’hyper moralisme ambiant rattrape celui qui n’a jamais fait mystère de sa pédophilie, ou plutôt de sa philopédie comme il aime à la définir dans son œuvre littéraire.

L’enquête sera facilitée par ses propres témoignages depuis les années 1970, et à ce compte-là, la justice découvrira peut-être d’autres victimes potentielles, à moins que celles-ci ne se reconnaissent pas dans ce rôle.

Vous l’avez compris, cette affaire provoque en moi des sentiments mitigés.

Je n’en fais pas mystère : j’apprécie l’écriture de Gabriel Matzneff , son dandysme, son courage politique. En effet, dans les années 90, il fut l’un des rares intellectuels français à prendre la défense du peuple serbe, collectivement diabolisé. Les rares qui ont eu le courage de le faire - Handke, Philippe Besson, Alain Paucard, Jean Dutourd ou Thierry Séchan - se sont ont pris des coups, car il fallait être pro bosniaque en oubliant que les Serbes étaient nos alliés durant la Seconde Guerre mondiale, et les Bosniaques les alliés des nazis.

La grande indignation théâtrale et tardive des ex-amis de Gabriel Matzneff n’est rien d’autre qu’une tartufferie indigne.

 D’ailleurs, où est donc le scoop du livre de Vanessa Springora, qui s’étonne du retentissement de son livre.

Hypocritement, on semble découvrir les pratiques d’une période libertaire irresponsable, nous entendons même dire que : « Les mœurs ont changé ».

Tout cela est faux. La justice a su poursuivre les crimes d’une population de gens ordinaires composée de curés et de professeurs, prenant toutefois le soin de jeter un voile pudique – c’est-à-dire en n’ouvrant pas d’enquête - sur les mœurs d’un ancien ministre français participant à des partouzes pédophiles à Marrakech (1) ou encore sur les déclarations de Daniel Cohn-Bendit sur l’initiation sexuelle des enfants. 

Rappelons-nous du silence qui suivit la publication dans « Le Monde » du 26 janvier 1977, d’une lettre à l’initiative de Gabriel Matzneff, dont maints signataires étaient, entre autres, pédopsychiatres, psychanalystes ou psychologues, en soutien à des pédophiles emprisonnés (affaire dite de Versailles) dont la durée de prison préventive semblait trop longue (2).

Ces derniers jours, certains justiciers de la dernière heure contestaient le prix Renaudot – essai accordé à Gabriel Matzneff en novembre 2013. Veulent-ils que le prix lui soit retiré comme on dégrade un officier déserteur ?

Je me souviens du commentaire de Gabriel Matzneff à la sortie du restaurant Drouant : « Des écrivains sulfureux et libres sont indispensables à la respiration de cette nation ».

Pas sûr, mais il faut reconnaître que la littérature est riche d’ouvrages portant sur les émotions amoureuses de certains adultes pour des jeunes gens des deux sexes. Le « Lolita » de Nabokov bien sûr, mais aussi les ouvrages de René Schérer, Pierre Louys, de Tony Duvert et de bien d’autres. Faudrait-il également retirer de la vente tous leurs livres ?

Dans ce cas, il faudra aussi s’attaquer aux innombrables chansons qui évoquent également ces amours interdits. La liste qui suit n’est pas exhaustive !

 

Henri Salvador, Gigi, 1959

Charles Aznavour, Donne tes seize ans, 1963

Antoine, Je l’appelle Canelle, 1966

Léo Ferré, Le Conditionnel de variété, 1970

Maurice Alcindor, Détournement de mineur, 1971

Serge Gainsbourg, Ballade de Melody Nelson, 1971

Georges Brassens, La Princesse et le Croque-notes, 1972

Maxime Le Forestier, Fontenay aux Roses, 1972

Michel Sardou, Je veux l’épouser pour un soir, 1974

Maxime Le Forestier, La poupée, 1975

Serge Gainsbourg, Sea, Sex and Sun, 1978

Hubert-Félix Thiéfaine, Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs), 1978

Georges Moustaki, Fugue en la mineure, 1979

Charlotte Gainsbourg, Lemon Incest, 1984

Serge Gainsbourg, No comment, 1984

C Jérôme, Femme enfant femme enfin, 1991

La Fouine, TLT, 2013

Booba, AC Milan, 2013

La Fouine, Autopsie, 2013

 

Aujourd’hui, il est plus facile à une justice complice, en raison de sa passivité passée, de s’en prendre à un octogénaire et d’en faire un bouc émissaire, que de s’attaquer à une époque où « il était interdit d’interdire ».

 

Non décidément, je ne lirai pas « Le consentement » de Vanessa Springora, car je n’ai pas envie de hurler avec les loups.

 

 

Olivier Blochet

 

24 janvier 2020

 

© Olivier Blochet – 24 janvier 2020

 

(1) Voir la déclaration fracassante de Luc Ferry le 30 juin 2011 sur Canal + au sujet de partouzes pédophiles à Marrakech impliquant un ministre français.

 

(2) Le 23 mai de la même année, il signe — avec notamment Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Françoise Dolto ou Jacques Derrida — une lettre ouverte à la commission de révision du Code pénal, les signataires demandant « que le dispositif pénal soit allégé, pour que de telles affaires passibles de la cour d’assises soient jugées par un tribunal correctionnel », car « la détention préventive, en matière correctionnelle, ne peut excéder six mois ».

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